Sam fait plus rire (I Used to Be Funny) : quand le rire ne suffit plus
Une ancienne baby-sitter, traumatisée, replonge dans son passé lorsque Brooke, une adolescente qu’elle gardait, disparaît. Ce point de départ, aussi intime qu’inquiétant, est le fil rouge d’un drame générationnel lucide et bouleversant. Sam ne fait plus rire, car elle ne sait plus comment vivre. Entre souvenirs refoulés et silences pesants, la douleur affleure à chaque instant.
Avec Sam fait plus rire, la réalisatrice Ally Pankiw capture une époque où tout vacille : les repères affectifs, les récits de soi, les codes de l’humour. La caméra ne juge pas, elle accompagne. Elle suit une femme jeune, brisée, qui tente de retrouver un sens là où tout s’est effondré. Car si le film parle de stand-up, il parle surtout de chute. De celle qui survient après un traumatisme qu’on ne nomme pas, qu’on enveloppe de blagues pour éviter qu’il ne saigne trop fort.
L’adolescence et la transition à l’âge adulte sont deux périodes plus ou moins compliquées. Le film utilise en fond l'humour des femmes dans le stand-up comme questionnement : faut-il rire de tout ? Peut-on dissocier une blague d'une position réelle du comique ? Faire rire est une mise en danger de soi, car notre société est de plus en plus réactionnaire : homophobie, racisme, pro-LGBT, anti-immigration… Il devient rapidement compliqué de faire rire sans heurter quelqu’un. Utiliser la dérision sur le sexe et ses pratiques mène parfois à une confusion des autres sur nous-même.
Le film pose aussi la grande question de l’après : comment peut-on construire une vie d’adulte sur une enfance instable et minée par des traumatismes ? Cette question traverse chaque scène comme une brûlure sourde. Peut-on faire le deuil d’une version de soi que personne n’a protégée ? Peut-on être aimée sans avoir été construite ? Sam erre dans un monde sans repères, où l’humour devient un cri déguisé.
Sam fait plus rire est une histoire qui raconte la reconstruction après un traumatisme. L'héroïne en plein TSPT (trouble de stress post-traumatique) n'arrive pas à remonter la pente. Retrouver Brooke revient à revivre le chemin de la cassure, jusqu'à peut-être, atteindre la lumière. Le récit oscille entre malaise et tendresse. Brooke agit comme un miroir, une faille temporelle et émotionnelle dans laquelle Sam est aspirée. Le spectateur devient complice d’une rédemption fragile, où chaque progrès s’accompagne d’une douleur.
Quand le rire est politique et social, il bouscule plus qu’il ne détend. L’humour, ici, n’est pas fait pour divertir. Il est là pour dire ce qui dérange avec un bel emballage, dans l’espoir de faire bouger les consciences. Dans la bouche de Sam, chaque vanne est un test : vais-je être comprise ou rejetée ? Rire devient un combat de terrain miné. Et dans ce monde-là, une punchline peut être plus violente qu’un uppercut.
Un film d'une justesse où personne n'en fait jamais trop. Sam fait plus rire ne cherche pas à réparer, mais à montrer l’impossibilité de revenir intact. C’est cru, pudique, jamais démonstratif. Une œuvre coup de poing qui rappelle ceci : les cicatrices les plus profondes sont celles qu’on n’a jamais su nommer.