Qui est le film ?
God Save the Tuche, quatrième volet d’une saga commencée en 2011, prolonge le comique d’une famille stéréotypée de « Français moyens », jadis projetés dans les sphères du pouvoir, de la richesse ou de la culture.
Mais en 2024, l’univers des Tuche n’est plus qu’une boîte vide, où les personnages gesticulent dans le vide, privés de nécessité dramatique ou même de désir comique. Cette fois, Jeff Tuche est invité à Londres pour, soi-disant, apaiser les tensions entre les peuples. Le pitch se veut loufoque ; il est surtout désespérément creux.
Que cherche-t-il à dire ?
Rien, précisément. Et c’est peut-être ce qui glace le plus. Là où le burlesque, même le plus potache, cherche une friction (entre classes, entre codes, entre corps) God Save the Tuche ne veut surtout pas déranger. Il feint la satire, mais n’en épouse aucun risque. Tout est tamisé, amorti, digéré avant même d’être formulé.
Le film ne tente pas de dire quelque chose sur la monarchie britannique, ni sur la France périphérique, ni même sur ses propres personnages. Il se contente de reconduire des figures usées dans une parodie molle, comme si la simple répétition suffisait à entretenir un lien avec le spectateur.
Par quels moyens ?
Dès les premières minutes, une voix off vient rappeler l’ADN de la famille Tuche mais avec la fatigue d’un GPS qui aurait perdu le goût du voyage. Le montage expéditif tente de recréer une dynamique d’introduction, mais personne ne joue vraiment. Les gags sur le Brexit tombent à plat, faute de point de vue ou de contexte. Et tout du long, l'Angleterre ne sera qu'un parc à thème.
Une dizaine de fois, Jeff fait le même jeu de mots sur le thé ou le "tea time", avec des variantes aussi paresseuses que redondantes. À savoir que cette typologie de blagues sera recycler pour bon nombre d'autres. Juste une tentative laborieuse d’obtenir un GIF.
Où me situer ?
Je ne suis pas dupe : je ne demande pas à God Save the Tuche d’être un grand film politique ou un sommet de comédie. Mais je lui demande d’exister, au moins un peu. D’avoir une idée, un regard, une envie. Je peux rire d’un gag bête, d’un accent surjoué, d’un quiproquo débile à condition qu’ils soient faits avec cœur, ou avec rage.
L’humour devient une fonction, un rôle à jouer pour des acteurs qui ne jouent plus. Et l’on sort du film comme d’une réunion Zoom à laquelle on n’avait rien à dire. Ce que je trouve le plus inquiétant, c’est que cette paresse ne choque presque plus. Elle est intégrée au modèle économique. Elle est le modèle.
Quelle lecture en tirer ?
God Save the Tuche ne cherche ni à faire rire, ni à faire mal. Il cherche à faire passer le temps sans que ça se voie. Il ne parle pas d’Angleterre, ni de famille, ni de fracture sociale, ni de comédie. Il parle de lui-même comme d’un produit.
Et c’est en cela qu’il devient involontairement fascinant : il montre ce que devient une comédie quand elle est conçue comme une franchise, un rendez-vous, un acte comptable. Il n’y a plus d’écriture, plus de regard, plus d’énergie. Il reste un emballage.
Et c’est peut-être cela, le plus triste : non pas que God Save the Tuche soit bête ou moche, mais qu’il soit devenu indifférent à ce qu’il fait. Comme s’il ne se souvenait même plus pourquoi il avait commencé.