Ah non, non et non ! Comment peut-on parler de chef d'oeuvre? Scorsese est certes capable du meilleur (au hasard: Les Affranchis) comme du moins bon (euh.. Aviator), mais là… 2H40 de creux, de vanité, un comble pour un film traitant de foi catholique, réalisé par un fervent pratiquant ! La chose qui choque d'emblée, c'est de voir des Jésuites portugais du XVII ème siècle parlant anglais, qui plus est avec des paysans japonais mal dégrossis (et vus pendant tout le film par ces gentils Jésuites comme des animaux peu évolués). Même si dans certaines scènes, ils font appel à un interprète, ils sont quand-même nombreux en 1630 dans les montagnes japonaises à maîtriser la langue de Shakespeare ! Quel exploit… Et justement, M.Scorsese, quitte à mûrir ce projet pendant près de 30 ans, pourquoi ne pas pousser le réalisme et prendre des acteurs portugais?? Moindre des choses… Alors oui, grosse production hollywoodienne oblige… Justement, les acteurs (les "stars", devrais-je écrire), parlons-en : Liam Neeson a l'air de venir tout droit du plateau de tournage d'un énième Star Wars; Adam Driver, à force de minimalisme, ne transmet plus rien (il est pourtant capable d'une intériorité si riche dans "Paterson"); Et Andrew Garfield peine à vous faire croire à quoi que ce soit, tant sa palette est restée vide de couleur (il serait en train de tourner une pub esthétisante pour un parfum de luxe, il s'y prendrait pas autrement…). Quant aux acteurs japonais, ils sont pour la plupart caricaturaux à l'extrême, à commencer par Yosuke Kubozuka (Kichijiro) qui nous fait un Judas-Sganarelle des plus bouffons (à force, ça donne un côté comique à ses scènes, que ça en est insupportable)…Il y a d'ailleurs pas mal de moments risibles, comme par exemple ce plan sur nos 2 gentils Jésuites en pleurs dans la montagne à regarder leurs villageois maltraités par les très très très méchants soldats de l'inquisiteur (Issei Ogata, le seul à tirer son épingle du jeu en insufflant pas mal de cruauté toute raffinée à son personnage pourtant là aussi très caricaturé.. Mais au moins, l'acteur prend du plaisir à être là, ça se voit, et c'est bien le seul). Pour les scènes de torture, pas d'inquiétude, elles vous passent dessus sans aucun problème (même pas mal, on n'y croit pas un seul instant). Même les décors laissent à désirer : que dire de ce plan extérieur au Portugal, en début de film, où les bateaux du port dans le fond ont l'air d'avoir été ajoutés par un stagiaire en incrustation… Bref, un beau ratage. À force d'être passé à côté de ce film pendant si longtemps, Scorsese est finalement passé à côté de son sujet-même. 2H40, c'est interminable (c'est la véritable torture du film; beaucoup de gens sont d'ailleurs partis avant la fin) tout ça pour nous expliquer que la foi, ça se porte plus au fond du coeur qu'autour du cou. En tous cas, un film grotesque, pas du tout touché par la grâce...