Anxiété anticipatoire
Pierre Schoeller est un cinéaste atypique. D’abord, parce qu’il produit peu, son 1er film, discret, date de 2003. Depuis 3 autres films seulement dont l’excellent et glaçant L’exercice de l’Etat. Claire et Yves, physiciens de formation, travaillent dans le nucléaire depuis toujours. Lors d’une visite à la National Gallery, Claire va être bouleversée par trois toiles de Rembrandt. Cette rencontre avec ces trois œuvres magistrales va les changer à jamais. 107 minutes d’un faux thriller qui vire très rapidement au mélo écolo-scientifico-psycho-philosophique. Bref, un peu de tout qui débouche sur un résultat un peu confus malgré beaucoup de très bonne idées, une mise en scène plus que soignée et un casting très concerné. Quel sera votre ressenti ?
Il y a deux films distincts. Un, passionnant sur les dangers du nucléaire et l’omerta qui les entoure, les enjeux climatiques, la guerre en Ukraine, la disparition des glaciers… L’autre, sur des problèmes de couple, plutôt banal et convenu. Problème : ces deux films ne fusionnent pas entre eux. – Et parler de « fusion » quand on parle nucléaire… n’est-ce pas du grand art ? Merci beaucoup ! -, Quant à Rembrandt ? Que fait-il au milieu de tout ça ? Je suis bien incapable de vous l’expliquer… et visiblement je ne suis pas le seul. Alors, le dossier de presse nous explique que Pierre Schoeller a lui aussi vécu une expérience particulière à la National Gallery, en février 2019. Il s’est retrouvé totalement ébloui par trois tableaux de Rembrandt : Vieil homme assis dans un fauteuil, Un homme âgé somme Saint Paul et Portrait of Hendrijke Stoffels. Le réalisateur a eu alors l’impression que ces toiles du XVIIème siècle évoquaient le présent. Bon, pourquoi pas ? Mais on ne me retirera pas de l’idée que, outre les invraisemblances qui émaillent la dernière partie du film, ça reste fumeux et confus à souhait. Je le répète, autant le pamphlet antinucléaire est flippant, concret, d’une grande clarté et à tous ces titres, passionnant, autant l’enrobage peut paraître inutile et donne l’impression qu’on est passé à côté d’un grand film dès que Schoeller se contente de transformer son héroïne en lanceuse d’alerte. Dommage, mille fois dommage.
Camille Cottin est au mieux de sa forme et très convaincante. Romain Duris, qui commence à se spécialiser dans les rôles d’hommes fragiles et un peu dépassé, nus fait du « Duris »… ce qui n’est déjà pas mal. Céleste Brunnquell, comme toujours magnétique, et les frères Denis et Bruno Podalydès qu’on retrouve rarement du même côté de la caméra complètent le haut de l’affiche. Mais voilà, on tenait là un excellent thriller scientifique – espèce rare s’il en est -, alors pourquoi avoir voulu plaquer une fiction dramatique poussive et artificielle ? Ce n’est pas encore aujourd’hui qu’on pénètrera les arcanes du cerveau d’un scénariste. Croyez-moi, c’est beaucoup plus complexe que le nucléaire et ses dérives. Frustrant !