Le projet prend racine dans un fait divers. En 2015, Mamadou Traoré, un intérimaire sans papiers, est mort sur son lieu de travail sans que personne ne remarque son absence. Cet événement tragique, découvert grâce à une enquête de la CGT, est devenu "un matériau allégorique" pour le réalisateur Akihiro Hata, illustrant l'invisibilisation des travailleurs précaires.
Après avoir joué un directeur de travaux dans un immeuble en construction de la Défense dans Le Système Victoria (2025), Damien Bonnard intègre à nouveau l'univers du bâtiment dans Grand Ciel.
L'idée d'associer réalisme social avec une touche de fantastique découle d'une observation personnelle de Akihiro Hata : "Comment peut-on ne pas s'apercevoir de la disparition d'un homme qu'on côtoie chaque jour ?" Le cinéaste confie : "Je raconte l’aliénation, l’effacement de soi dû aux pressions et aux concurrences dans le monde du travail, l’invisibilisation des travailleurs les plus précaires."
"Et pour moi, le cinéma a ce pouvoir de rendre visible l’invisible : montrer ce qu’on ne montre pas ou qu’on préfère ne pas voir. La disparition dans ce film incarne le cynisme et l’horreur du monde d’aujourd’hui. D’autre part, les chantiers ont toujours eu une dimension fantasmagorique pour moi. Enfant au Japon, de nombreux chantiers se construisaient régulièrement à côté de chez mes parents."
"Avec mes copains, on adorait braver l’interdit et aller les explorer. Et je me souviens vraiment avoir eu très peur. Comme s’il s’agissait d’une maison hantée, un long labyrinthe avec des bruits bizarres, des résonances, des ombres projetées."
Le rôle de Vincent a été attribué à Damien Bonnard. Akihiro Hata explique pourquoi il l'a choisi : "J’ai tout de suite vu en lui quelque chose de la nostalgie de Vincent. Il est immédiatement crédible dans la peau de cet homme qui bosse dans le BTP et habite dans une ville un peu oubliée. Et puis, il a une présence incroyable devant la caméra. Une carrure, et ce regard hyper troublant qui épouse la dualité que je recherchais et qui fait qu’on se demande en permanence qui est réellement Vincent."
Trouver un chantier en pleine construction prêt à accueillir une équipe de tournage a représenté une véritable gageure. Ce défi logistique a nécessité le labeur acharné de la repéreuse Catherine Goffin, mobilisée pendant plus de six mois : "En plus de ça, quand on faisait des repérages, on n’avait jamais le décor. On devait imaginer le décor qu’on allait avoir le jour J, c’est-à-dire plusieurs mois plus tard car les chantiers évoluent tous les jours."
"Et, au final, on a tourné dans trois chantiers différents. L’un pour toute la partie réfectoire et algeco, un autre pour les scènes de sous-sol et un dernier pour la partie en surface et en étages. Et on a fait en parallèle des prises de vue en studio pour les scènes impliquant des effets spéciaux de plateau avec des machines à poussière."
Akihiro Hata a voulu faire appel à un directeur de la photographie chevronné. Il a ainsi choisi David Chizallet, qui a travaillé sur de nombreux projets variés, des films mais aussi des séries. Leurs échanges ont d'abord porté sur le chantier : "On a pris le parti de n’utiliser que des éclairages conçus pour être utilisés sur les chantiers, pas ceux d’un plateau de cinéma. Un choix évidemment artistique mais aussi pragmatique car il fallait cohabiter avec le chantier qui commençait tous les matins à sept heures après nos tournages de nuit."
"David prenait souvent des photos en noir et blanc en référence pour nourrir nos réflexions sur la lumière dans le chantier de nuit. Jouer avec le contraste et les ombres portées, à la manière du cinéma expressionniste allemand était notre désir pour rendre le lieu organique."
Pour jouer Saïd, le collègue syndicaliste de Vincent, Akihiro Hata a choisi Samir Guesmi. Lors de leur rencontre, le réalisateur a senti un lien immédiat entre lui et le personnage : "J’ai été très ému de l’entendre me raconter que son père était ouvrier dans le BTP et qu’il ramenait tous les jours chez eux les poussières de béton. Le scénario de Grand ciel a fait remonter en lui des souvenirs d’enfance."
"Et je crois aussi que le dilemme rencontré par son personnage, Saïd, lui a spontanément parlé. Ce mélange entre un engagement sincère pour ses camarades et un besoin de reconnaissance personnel un peu enfoui car honteux."