The Last Hurrah se pense comme un miroir pour un cinéaste qui non seulement trouve un double de sa personne en Frank Skeffington, mais qui compose un film plein d’échos, à l’instar de ce plan sur l’escalier que l’on monte tantôt de façon joviale – c’est le cas du fils égoïste et aveuglé par son plaisir – tantôt de façon solennelle – celui des convives – tantôt de façon maladive lorsque le candidat battu s’écroule au bas de la rampe. Il n’y est question que du défilé, ce défilé qui atteste la vitalité tout autant que l’attachement de Skeffington à une tradition de campagne politique proche des électeurs, physique contre les techniques alors naissantes de diffusion télévisée. Nous assistons donc au crépuscule d’un âge auquel Ford semble s’identifier, le burlesque de certaines situations disparaissant peu à peu pour laisser à l’écran une légende s’éteindre ; tout se passe comme si le ridicule de l’opposition, parce qu’elle bénéficie des technologies nouvelles, se convertit en crédibilité de masse. La sirène du camion de pompier, symbole du danger que représente cette jeune génération politique idiote mais portée par l’image, devient à terme le chant du cygne pour un politicien contraint de marcher seul en direction opposée, ce qui donne lieu au plus beau travelling du film. La fanfare s’anime mais n’est plus pour lui ; le dernier hourra arrivera ainsi de ses plus proches amis venus rendre un dernier hommage à celui pour qui la politique constitue l’unique chose qui le maintient en vie. « Les espoirs déçus ne font jamais beaucoup de bruit », reconnaît paisiblement le candidat au milieu d’un déchaînement de cris et de protestations. Car c’est dans ses rares silences, lorsque la machine politique se met en pause, que Skeffington atteste une humanité formidable et chaleureuse que ne sauraient entacher les entreprises frauduleuses et les petits arrangements. Œuvre totale qui mêle le déroulement d’une campagne à la comédie et au drame, œuvre profondément mélancolique mais qui ne cède jamais au désespoir, faisant de son personnage principal, sublimement interprété par Spencer Tracy, le dernier gardien d’un art de faire et de vivre l’Amérique, The Last Hurrah constitue une belle réussite dans la riche carrière de John Ford. À (re)découvrir d’urgence.
J'ai une sainte horreur de la politique mais comme John Ford est une légende ainsi que Spencer Tracy et Basil Rathbone, j'ai tout de même regardé ce film que j'ai trouvé magnifique.
Tracy defend une derniere fois son poste de maire dans une petite ville. C'est drôle, il est sympa et en plus on se doute que tout ça va finir par un triomphe de la démocratie Américaine. Zut : encore un film Patriotique du vieux FORD. Et puis...en fait non. Tracy perd les élections, la santé et fait une attaque cardiaque. Il n'est qu'un vestige de l'ancien temps. Celui de Lincoln. Celui des films de Ford. Un film sur la mort Hallucinant !