The Substance, réalisé par Coralie Fargeat en 2024, est un film d’horreur qui ne laisse personne indifférent. Il a clairement fait parler de lui, à raison : c’est un film maîtrisé, à la fois sur le fond et sur la forme. On sent l’inspiration kubrickienne dans la mise en scène, ce souci du détail, cette ambiance à la fois froide et cauchemardesque. Le film est visuellement travaillé, dérangeant, parfois insoutenable, mais c’est justement ce qui en fait un bon film. Il provoque, il choque, et surtout, il a quelque chose à dire.
Formellement, The Substance est une réussite. C’est moche, c’est viscéral, c’est répugnant. Tout dans l’image provoque le malaise, et ce contraste est volontaire : l’horreur organique est mise au service d’un film qui parle de la beauté, de sa fabrication, de sa destruction. Et c’est là que le fond rejoint la forme. Le corps est au centre du film – un corps féminin fantasmé, puis malmené, cloné, massacré. Et le casting fonctionne parfaitement, notamment Margaret Qualley, qui incarne à la fois la beauté idéalisée et la descente aux enfers de ce corps trop regardé, trop désiré.
Mais ce n’est pas un type d’horreur qui me plaît. Le dégoût qu’on ressent ici est radicalement différent de celui qu’on peut avoir devant un slasher. Dans un slasher, la violence a quelque chose de cathartique, on sursaute, on anticipe, parfois on se réjouit même que certains personnages se fassent punir. Il y a une tension, une adrénaline. Ici, dans The Substance, c’est plus lent, plus lourd. Le dégoût est constant, frontal, sans libération. Ce n’est pas une peur qui monte, c’est un malaise qui ne descend jamais. Ce n’est pas que ce soit mal fait, au contraire, mais c’est une horreur qui me laisse à distance.
Sur le fond, The Substance est un film profondément féministe, et il ne s’en cache pas.
Il aborde frontalement des thèmes d’une rare violence symbolique : l’obsession de la jeunesse éternelle, la pression étouffante des standards de beauté, la déshumanisation du corps féminin réduit à un objet de consommation, la brutalité de la société du spectacle et de la célébrité, et la solitude des femmes vieillissantes dans un monde qui les jette dès qu’elles ne correspondent plus aux critères du désir. Le film dénonce aussi la violence du regard masculin, omniprésent et destructeur, et surtout cette quête désespérée de validation auprès des hommes comme moteur d’un engrenage infernal. Tout cela est mis au service d’un propos clair : dans une société dominée par le patriarcat, le corps des femmes devient un terrain de souffrance et d’aliénation.
Je vais revenir sur ce qui me semble problématique dans le fond du film et te donner mon analyse.[spoiler] Selon moi, la beauté occupe une place omniprésente dans notre société. C'est un fait : les personnes considérées comme belles bénéficient souvent d’avantages, que ce soit au niveau social, professionnel ou personnel. Cependant, cela n’implique pas nécessairement que nous vivons dans une société patriarcale. D’ailleurs, on n’a jamais vraiment attaqué ce patriarcat, qui semble aujourd’hui plutôt affaibli, voire inexistant. Cette obsession de la beauté est liée à l’idée que nous, hommes comme femmes, préférons naturellement ce qui est beau et agréable à regarder. C’est une réalité biologique : les hommes, en particulier, accordent plus d’importance à la beauté féminine, car des attributs comme une poitrine généreuse évoquent la capacité à nourrir un enfant, tandis qu’un joli visage présage des enfants en bonne santé. C’est profondément ancré dans notre biologie. De leur côté, les femmes vont plus volontiers se tourner vers l’homme fort du groupe, capable de les protéger et de contribuer à leur bien-être et celui de leurs enfants.
Ainsi, ce n'est pas la société qui fait les hommes, mais c'est bien les hommes qui font la société, homme avec un grand "H". Évidemment, l’attractivité physique des femmes joue un rôle, et cela se traduit par un intérêt évident pour les femmes belles. C’est pourquoi, dans le cinéma ou les médias, il est naturel de choisir des actrices belles : cela capte l’attention et attire un large public. Ce qui pose question, c’est de réduire une femme à sa beauté physique, sans considérer ses autres qualités humaines comme son intelligence, son humour ou ses compétences dans son domaine. Là, je suis d’accord : la beauté doit être accompagnée de valeurs humaines et de talent, sinon, peu importe la beauté, l’intérêt finit par s’estomper. Le film aurait pu faire mieux en équilibrant beauté et compétence, mais il est vrai que la société met toujours un accent particulier sur la beauté, notamment pour la validation des hommes. Cependant, il ne faut pas oublier qu’il est bien plus facile pour une femme de plaire à un homme. Un peu de maquillage, une hygiène irréprochable et une tenue soignée suffisent souvent pour séduire. Les hommes, en revanche, doivent faire un travail bien plus conséquent sur eux-mêmes. Ils doivent plaire physiquement sans artifices comme le maquillage, avoir une bonne situation professionnelle, être en forme, charismatiques, confiants, et accomplis dans plusieurs domaines, sans garantir qu’ils trouveront forcément quelqu’un. Une femme n’a pas besoin de tout cela pour attirer un homme.
L’effort nécessaire pour qu’un homme trouve une partenaire est donc bien plus exigeant que pour une femme. Il convient de préciser que certains hommes possèdent une force presque innée et n’ont pas besoin de faire autant d’efforts pour plaire. C’est un fait naturel, ni bon ni mauvais, c’est juste ainsi. Il faut aussi noter que des féministes qui adoptent des comportements et apparences radicalement opposés à la norme – comme celles qui se distinguent par des choix de vêtements extrêmes, des cheveux colorés ou des piercings – semblent chercher à être rejetées, parce qu'elles considèrent que les hommes sont des bourreaux, puisqu'elles n'arrivent pas à trouver un homme fort et qui prend soit d'elle. De ce fait, ces femmes, malheureusement, cherchent un homme dit déconstruit, dénué de toute masculinité, un homme qu’elles peuvent dominer, non par amour, mais par un besoin de revanche ou par haine envers les hommes.
Enfin, concernant les standards de beauté, il est prouvé que la symétrie du visage et du corps joue un rôle central dans la perception de la beauté. Ce qui est symétrique est généralement jugé beau, ce qui encore une fois, ne relève pas d’une construction sociale mais bien d’une réalité biologique. Le film semble généraliser en présentant tous les hommes sous un même angle. Pourtant, il existe des manières de séduire et de respecter une femme, ce qui nécessite un certain équilibre entre les désirs biologiques et la manière de les exprimer. Oui, la beauté impose une forme de tyrannie, mais encore une fois, ce n’est pas un produit d’une société patriarcale ; c’est simplement une loi naturelle, une conséquence logique de notre biologie et de la survie de l’espèce.
Le film dépeint un homme qui semble apprécier le personnage de Demi Moore, tant pour ses qualités physiques que mentales. Même si ce n’est pas l’homme le plus beau, il l'apprécie pour ce qu’elle est, indépendamment de son âge. Elle, par contre, ne va pas au rendez-vous, ce qui, à mon avis, est une bonne critique de certain agissement de certaines femmes, où il est important de se responsabiliser et de ne pas vivre dans l'illusion du mythe de la jeunesse éternelle.
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Les médias, le cinéma et les réseaux sociaux sont le miroir du désir humain, notamment masculin, et de la recherche de validation par la beauté physique. OnlyFans en est un exemple de cette quête de l'image et du manque affectif. De manière générale, ces plateformes véhiculent une image fantasmée, qui peut être néfaste pour la santé mentale, car elles montrent une version idéalisée des hommes les plus riches et des femmes les plus belles.
Cependant, le film critique l’objectification des femmes, à cause d'une société qui serait patriarcal. Toutefois, il ne remet pas en question l’influence des médias et des réseaux sociaux, qui perpétuent une image de beauté irréaliste, loin de la diversité de la majorité des individus.
Un point que j’ai trouvé assez cocasse dans le film, c’est la critique qui s’immisce subtilement dans le processus de sélection des actrices. On voit clairement une annonce stipulant : « Recherche jeune femme entre 18 et 30 ans, sexy ». Et, au final, Sue est retenue parce qu’elle est « incroyablement belle ». Cela fait écho à la réalité, car, en tant que personnage, Sue est avant tout définie par sa beauté. Dans la réalité, la sélection aurait dû se passer de manière similaire : « Recherche actrice blanche, brune, entre 18 et 30 ans, jolie ». Si elle correspondait à ces critères, alors oui, il fallait aussi qu’elle joue bien, mais si physiquement elle ne convenait pas, c’était terminé.
Il est intéressant de noter que Margaret Qualley, qui incarne Sue, a subi une intervention pour avoir une poitrine plus généreuse dans le film, et il y a eu quelques retouches légères sur son visage. Mais cela n’empêche pas de reconnaître que Margaret Qualley a parfaitement incarné son rôle. Elle est magnifique, et, au-delà de sa performance, elle a été parfaitement choisie. D’ailleurs, elle ressemble beaucoup à la réalisatrice : brune, yeux bleus, blanche, mais en plus jeune et plus jolie. Je pense que la réalisatrice a fait ce film pour elle-même, et Margaret Qualley, en tant qu’incarnation de la beauté idéalisée, reflète un peu cette image de perfection qu’elle pourrait désirer être elle-même. Cela doit être agréable pour Margaret de représenter cette beauté idéalisée, même si la poitrine a été modifiée, car, en dehors de cela, elle est d’une beauté frappante.
Un film d'horreur qui fait autant réagir et forcément réussi même si je ne suis pas d'accord avec l'idée de la réalisatrice.