A travers cette organisation d'espionnage et la filature d'un criminel de guerre, c'est toute la situation de la Syrie en second plan. Avec le jeu volontairement impassible d'A. Bessa, on resent une tension, les plaies, les stigmates et les fantômes du passé. Le sujet est bien amené même si l'on aurait souhaité une intrigue qui avance plus vite, avec davantage de rebondissements et de dynamisme. Le final ouvre un nouveau chapitre, l'espoir d'une vie plus apaisée.
Un film serré, tendu, intelligent, qui brasse avec efficacité les thèmes des crimes et traumatismes de guerre en Syrie, de la justice (personnelle et collective), de l’obsession, du deuil… Le scénario est très bien écrit et structuré, jusque dans ses détails ; la réalisation témoigne d’une belle précision visuelle et sonore ; le suspense est dosé avec sobriété, à l’exception d’un ou deux moments surlignés par la musique ; et l’acteur principal, Adam Bessa, est subtil et convaincant. Au final, la facture d’ensemble reste classique dans son déploiement narratif et stylistique, mais d’une belle maîtrise pour un premier long-métrage de fiction (Jonathan Millet avait auparavant réalisé des documentaires). Une maîtrise impactante.
Avec Jonathan Millet, le thriller prend ici une forme discrète et presque silencieuse. Le scénario s’articule autour de la traque d’anciens criminels syriens cachés en Europe, à travers le regard d’un homme marqué par son passé.
Adam Bessa est excellent dans le rôle principal. Son interprétation, toute en sobriété et en retenue, donne une véritable âme au film. Le réalisateur choisit de ne presque rien montrer frontalement : les horreurs restent suggérées, laissant le spectateur imaginer ce qui s’est passé. Ce parti pris crée par moments une tension sourde et un sentiment plus intense que des scènes explicites.
Mais cette qualité devient aussi une limite. En dehors du suivi de cet espion un peu particulier, il ne se passe finalement pas énormément de choses. Le rythme très contemplatif peut donner l’impression que le film tourne autour de son idée sans jamais aller assez loin.
L’ensemble reste intéressant et porté par un excellent acteur principal, mais le concept manque un peu d’ampleur et d’aboutissement pour convaincre complètement.
C'est un film qui rejette toute forme de sensationnalisme et d'effets pour se focaliser exclusivement sur la psychologie de ses personnages. On imagine l'horreur vécue par les victimes du régime criminel syrien qu'à travers une courte introduction qui montre des hommes fantomatiques lâchés dans le désert, l'écoute de témoignages audios sur les tortures, les images d'un jeu de guerre en ligne, mais rien d'autre. Toute l'horreur est hors champ, on n'en voit à l'écran que les conséquences psychologiques terribles sur des personnes à jamais brisées qui sont dans l'incapacité de se reconstruire, et qui espèrent uniquement obtenir une forme de justice. C'est donc un film fondamentalement anti spectaculaire, donc très morne et lent qui pourrait rebuter. C'est un choix radical risqué mais globalement réussi, "Les fantômes" arrive à ne pas être lassant bien qu'il soit répétitif dans sa narration, à installer une ambiance lourde constante, sans toutefois parvenir à sublimer son concept. Il délivre aussi un message rare et éclairant sur le vécu des populations victimes de guerres et d'horreurs commissent par des régimes criminels, et sur les motivations de ces migrants qu'on rejette.
Un réfugié syrien en Europe participe à la traque des criminels du régime de Bachar qui eux-mêmes s’y sont planqués. Il pense avoir débusqué un de ses propres bourreaux exerçant, à l’époque, à la prison de Seidnaya. Très documenté et fortement inspiré d’un fait réel, Jonathan Millet livre un premier film plein de promesse qui démontre qu’entre les 70’s et la chasse aux nazis en Amérique du Sud et la chasse aux criminels de guerre aujourd’hui rien a changé. Donc c’est un sujet que l’on a déjà vu traiter mais sur un autre pan terrible de notre histoire contemporaine. Ces projets sont propices à l’indignation et du point de vue cinématographique à la tension. Avec son scénario et son montage, le réalisateur parvient avec justesse, maitrise et subtilité à tenir son suspense en même temps qu’il montre ce personnage mélancolique profondément déstructuré par le trauma de la torture et du conflit. Chez son personnage principal, on retrouve quelque fois du « Samourai » interprété par Delon ; une forme d’immersion totale en eaux troubles. Cependant, celui-ci reste un film minimaliste et mineur reposant sur une structure et des effets classiques et éculés ; même si efficaces. TOUT-UN-CINEMA.BLOGSPOT.COM
Un premier film maitrisé sur un sujet délicat. Présenté sur l'affiche comme un thriller d'espionnage, "Les fantômes" se révèle surtout comme un drame social tout en intériorité. C'est d'une grande justesse et du coup un climat pesant s'installe insidieusement. Le jeune acteur du film possède un charisme saisissant et nous fait ressentir les blessures intérieurs de son personnage. Face à lui, l'acteur qui incarne le bourreau potentiel est également impressionnant, toute en finesse. Un film coup de poing, bienvenu dans une période peu encline à l'empathie.
Une intéressante filature durant laquelle s'établit un lien étrange entre victime et bourreau. Mais Les Fantômes devient un peu rébarbatif dans son dispositif pour me convaincre tout à fait. Un premier film honorable donc, mais pas de quoi écrire une thèse non plus.
Le film peine à démarrer jusqu’à la confrontât des deux protagonistes. La réalisation est un peu plate mais l’interprétation juste des acteurs laisse la place à l’émotion plus qu’à l’action.
Suite au Printemps Arabe, la Syrie a connu une grave guerre civile, avec son lot d'arrestations et d'exécutions arbitraires. Et des millions de Syriens en exil, notamment en Europe et surtout en allemagne. Au coeur de cette communauté déracinée, un groupe se constitue pour retrouver et "juger" leurs anciens tortionnaires. Un thriller atypique, au rythme lent, plus psychologique que physique. Des longueurs, mais une réalisation solide. A tenter...à vos risques et périls.
Traité comme un thriller psychologique, ce film pose le dilemme de toutes victimes de violences, en l’occurrence ici de tortures, assurer soi même sa propre vengeance ou s’en remettre à la justice.
Dans Les Fantômes, Jonathan Millet raconte la quête d'Hamid, réfugié syrien en Europe, pour retrouver les tortionnaires des prisons de Bachar el-Assad avec l'aide d'un groupuscule secret. Le film surprend d'abord dans sa façon de renoncer à évoquer le terrorisme - une thématique pourtant attendue dans le cinéma français quand on parle de Syrie - mais aussi dans la manière dont il fait de cette traque une quête intime pour le personnage d'Hamid, qui est de tous les plans et ne semble animé que par sa mission - il ne se lie à presque aucun autre personnage. La réalisation précise de Millet, tout en plans resserrés, suscite une sensation d'étouffement qui souligne l'extrême tension entre Hamid et celui qui est peut-être son tortionnaire, mais aussi l'incertitude terrible avec laquelle il doit composer (il ne l'a jamais vu, mais seulement entendu et senti). Les Fantômes est en cela un film d'une grande maîtrise, qui renonce aux effets faciles et à la violence gratuite pour élaborer au contraire une réflexion d'une grande rigueur sur le trauma individuel et collectif et sur la justice.
très bon film. des tensions. de l'espionnage. un voyage entre différents pays. une intrigue d actualité. on vit avec le personnage et à travers les auditions la torture sans jamais la voir.
A l'image des traqueurs de nazi dans les années suivantes la 2ème GM, on suit cette extrêmement discrète organisation dont on ne saura pas beaucoup plus, ce qui peut s'expliquer mais manque un peu au film, notamment sur les moyens dont ils disposent qui sont quand même notables. Le film joue dans sa première partie avec le côté sensoriel et c'est assez réussi avec une scène en apothéose. Pour le reste c'est en quelque sorte spoiler: un face à face bourreau victime, qui ne s'assume pas. Le groupe décide collégialement que ce sera un procès pour le bourreau et les résultats sont transmis à un journaliste, mais pas à la police, il me semble qu'il s'agit là d'un gros bug.
De plus, la police une fois en possession des éléments ne pourra pas bien faire grand chose, devant refaire tout le travail très chronophage, notre système judiciaire étant ainsi fait. Ainsi le groupe de justiciers perd selon moi tout son sens et sa crédibilité. En témoigne pour exemple les justiciers traqueurs de pédophiles, qui une fois la transmission des leurs éléments à la police, demande un traitement de plusieurs années de cette dernière.
Donc je suis vraiment plus que circonspect à la fin de ce film. Reste des qualités certaines de réalisation, de narration et d'acteurs mais quelques éléments me manquent pour en faire un bon film.