Qui est le film ?
Après la série de cauchemars paranoïaques (Halloween, The Thing, Christine, The Thing), il surprend avec un film plus doux, presque candide : une romance de science-fiction où un extraterrestre prend l’apparence d’un homme mort et traverse l’Amérique aux côtés d’une femme endeuillée. En apparence, tout y semble plus lumineux, plus ouvert, presque réconcilié. Carpenter troque la terreur contre l’émotion, la claustrophobie contre l’horizon. Mais derrière ce virage humaniste, on sent aussi une hésitation : celle d’un cinéaste du contrôle et de la tension, contraint ici d’épouser la grammaire du conte sentimental sans parvenir à la réinventer tout à fait.
Que cherche-t-il à dire ?
Le film prétend questionner ce qu’être humain veut dire : apprendre à aimer, à parler, à ressentir. Starman s’appuie sur la figure de l’étranger pour interroger l’hospitalité, la compassion et la peur de l’autre. En théorie, son projet est d’une grande noblesse : décrire la rencontre entre altérité et humanité à travers un voyage initiatique. Mais cette ambition morale se heurte souvent à la timidité du récit.
Par quels moyens ?
Le film oscille entre fable romantique, road movie et science-fiction métaphysique. Ce mélange pourrait être stimulant, mais Carpenter semble y avancer à tâtons. Le rythme, trop étiré, désamorce la tension dramatique, et la route (symbole d’apprentissage) devient ici un itinéraire prévisible, dépourvu de véritables vertiges. On sent que Carpenter veut faire simple.
Jeff Bridges, remarquable dans sa gestuelle hésitante, donne au Starman une humanité fragile, mais le film s’appuie trop sur cette performance sans construire autour d’elle une mise en scène à la hauteur. Karen Allen, quant à elle, apporte la tendresse nécessaire, mais son personnage reste enfermé dans des archétypes de femme blessée et bienveillante.
Visuellement, Starman est propre, presque trop. La lumière dorée, les ciels américains, la route infinie : tout semble répondre à une imagerie de carte postale. Or Carpenter, cinéaste du cadre rigide et de la tension spatiale, paraît ici désarmé face à l’ouverture du monde. L’espace, lieu d’angoisse dans The Thing, devient simple décor. La mise en scène n’habite pas le paysage, elle le survole.
Le film veut prôner la tolérance, mais le fait avec une lourdeur didactique qui trahit son intention. Le spectateur n’est pas invité à éprouver cette humanité, mais à la recevoir comme une leçon. Le personnage du Starman, censé être la figure d’un autre radical, finit par se fondre dans une humanité trop conforme. Son étrangeté s’efface vite au profit d’une morale consensuelle. Carpenter, cinéaste du désordre, semble vouloir rassurer. Il n’y a plus de trouble, plus de zones grises : l’altérité est absorbée, l’étrange devient gentil.
La séparation finale entre Jenny et le Starman aurait pu être poignante, mais elle est traitée sans aspérités. Le film referme son récit comme une parenthèse attendue, là où il aurait pu laisser un vertige.
Où me situer ?
J’éprouve à la fois de l’attachement et de la frustration. Starman est un film sincère, généreux, porté par un désir rare de croire en la bonté humaine. Mais cette foi naïve s’exprime au détriment de la complexité formelle et morale qui faisait la force du cinéma de Carpenter. On y retrouve sa maîtrise du rythme, sa rigueur de cadre, mais vidées de leur tension. Le film cherche la lumière, et c’est louable, mais dans cette clarté il perd sa profondeur. Ce n’est pas un échec complet : c’est une réussite partielle, trop sage pour être émouvante, trop bienveillante pour être inquiétante.
Quelle lecture en tirer ?
Starman reste une curiosité : un film de monstre sans monstre, un Carpenter pacifié qui semble se débattre avec son propre pessimisme. Ce qu’il tente est courageux (faire de la science-fiction un espace d’amour et non de peur) mais le résultat reste tiède, comme si le cinéaste avait craint d’aller jusqu’au bout de cette douceur. Il y a dans le film des éclairs magnifiques, des regards, des silences, des gestes qui rappellent la grandeur du réalisateur. Mais ces moments, isolés, ne suffisent pas à donner une chair durable à cette utopie romantique.