Inutile de répéter (mais je vais quand même le faire) que l'absence de parole est un des points forts de ce long-métrage lettonien, cela permet d'attirer l'attention du spectateur sur l'aspect visuel et sur la narration. Ça guide la compréhension des émotions et des tensions entre les protagonistes, mettant l'accent sur leur collaboration. On comprend des choses plus subtiles, moins déformées que des dialogues, comme les gestes et les expressions faciales qui mentent moins. Le film est court et le rythme assez maîtrisé, ainsi l’ennui se fait ressentir à deux trois moments mais ça nous change de toutes ces productions netflix qui parlent sans arrêt pour ne rien dire.
Drôle de leçon de se dire qu’un film récompensé internationalement a été entièrement réalisé sur Blender, un logiciel gratuit ! Je suis personnellement pas fan des graphismes en ce qui concerne les animaux (avec ces espèces de taches floues pixélisées par moment), mais il faut avouer que l’animation est fluide et que l’eau est claire comme de l’eau de roche, et que certains plans séquences sont vraiment épiques. Les décors sont uniques tout comme le design de la baleine-léviathan.
Composée par le réalisateur lui-même à base de piano, violon, percussions et synthé, la bande-originale est un véritable sound design qui vient souligner la narration en renforçant l’émotion de chaque scène individuellement, sans vraiment de leitmotiv qui revienne (si, un, celui du chat à la dérive).
Les bruitages de tous les animaux sont quasiment tous de vrais bruits !! Cela rajoute une touche de réalisme surtout en ce qui concerne tous les miaulements de flow qui sonnent vrais.
L’histoire est celle d’animaux tout mignons qui doivent survivre dans un monde… post-apocalyptique ? ou dans un monde régi par les chats à en juger par les statues géantes ? C’est vrai quoi, la caméra ne cesse quasiment jamais de suivre les mouvements de tête du chat, animal sujet pour certains d’un véritable culte.
L’eau commence tout à coup à monter dans un déluge digne de Noé, et notre chat va devoir vaincre sa peur de l’eau et développer confiance et altruisme envers les autres animaux pour collaborer. La trame représente ainsi une grande métaphore de comment se forme une société (les poissons représentent la monnaie, le lémurien le capitalisme, l’oiseau une sorte de guide suprême). Ainsi, bien qu’en effet les animaux ne soient quasiment pas anthropomorphé, ils deviennent les marionnettes d’un théâtre satirique de l’humanité, ajouté à une dimension écologique, à la sauce Mononoké, qui s’impose plus que jamais. Un thème important également est celui du sacrifice, de la résilience face à la perte, en effet chacun des personnages va à un moment perdre quelque chose qui comptait pour lui (la balle du lémurien, la maison du chat, le bateau du Capybara, la tribu de l’oiseau…).
Mais à ces éléments assez explicites viennent s'ajouter un flow d’autres beaucoup plus symboliques et mystérieux, à l’image de la disparition de l’oiseau qui selon les interprétations représente la mort, le sacrifice, la passion du christ ou tout simplement un chemin vers l’inconnu. On pourrait aussi se demander, en voyant les objets perchés dans les arbres au début, s’il n’y a pas déjà eu d’autres montées des eaux de ce genre, peut-être qu’il s’agit d’un fonctionnement par cycles, chacun d’eux s’apaisant par le sacrifice d’un personnage ? Ca parait assez logique, mais le film nous laisse à nos interprétations personnelles, et ici il s’agit pour moi d’une force du film c’est de concentrer autant de dimensions sémantiques, entre le satirique, le symbolique, l’écologique, le métaphorique. Ceci dit, le réalisateur a choisi de ne pas s’attarder sur des explications à trouver et de laisser le spectateur profiter de ce spectacle visuel, poétique et onirique.