‘Pearl’ est la suite, ou plutôt le prequel de ‘X’, jeu de massacre sorti quelques mois plus tôt qui rendait hommage à ‘Massacre à la tronçonneuse’ et aux Survival des années 70, avec cette équipe de tournage d’un porno dont les membres tombaient un à un sous les coups de la vieille dame apparemment sénile chez qui ils filmaient leur projet en secret. Avec son grain d’image semi-amateur, son ton libertaire et sa vieillarde décatie et pourtant agressive et sexuellement entreprenante, ‘X’ parvenait à s’imposer comme une proposition largement supérieur à la moyenne d’un sous-genre qui ne donne que rarement naissance à des chef d’oeuvre. En revenant sur la jeunesse de l’ancêtre meurtrière, ‘Pearl’ pourrait n’être qu’une de ces insipides ‘Origins story’ qui ne cherchent qu’à essorer un peu plus les franchises, en imaginant les circonstances qui ont fait naître le monstre, qu’il s’agisse de Michael Meyers ou de Hannibal Lecter. Heureusement, ‘Pearl’ vaut mieux que ça, déjà parce qu’il refuse obstinément de jouer sur le jump-scare facile (mais quand même un peu sur les scènes débectantes). Il se montre tout à fait cohérent avec ce qu’on avait pu deviner de la vielle femme de ‘X’, faisant de la Pearl juvénile qui, en 1918, suffoque dans sa ferme misérable avec son père paralysé et sa mère rigoriste, une jeune femme dont l’obsession pour la célébrité et les rêves d’un ailleurs inaccessible sont tels qu’ils conditionnent toute son existence, sa sexualité et les parts d’ombre qu’elle essaye tant bien que mal de réfréner. Dans le chef de son réalisateur, ‘Pearl’ répond par ailleurs à deux ambitions : tout d’abord, comme pour le film précédent, celle de s’amuser avec les techniques et les archétypes du cinéma d’avant-guerre, son technicolor lumineux, sa musique de chambre romantique, le phrasé et la diction très particulières de Pearl lorsqu’elle essaye de se présenter sous son meilleur jour. D’autre part, d’enfin offrir une partition digne de ce nom à une protagoniste féminine : ni victime interchangeable, ni monstre monodimensionnel au passé trouble, la personnalité fragile de Pearl est ici lentement dévoilée, une jeune femme que l’isolement social et l’absence de reconnaissance vont faire dérailler à partir du moment où elle aura frôle la possibilité d’une échappatoire dont elle aura ensuite l’impression d’avoir été injustement spoliée. ‘Pearl’ est presque un film dramatique qui n’aurait pas peur de se compromettre avec les sous-catégories les plus viles du film d’épouvante : un drame de Genre en somme…et du genre à valoir un prix d’interprétation (fébrile) ou de scénario (nuancé, avec des moments mémorables inhabituels dans un style de films généralement dévoués à leurs effets-choc) à Mia Goth.