Le quotidien « Libération » s’est payé, à la Une et en reproduisant l’affiche en grand, « Vaincre ou mourir », le film sur les guerres de Vendée produit par Nicolas de Villiers (qui dirige le parc d’attractions du Puy-du-Fou fondé par son père Philippe), en titrant « Le Puy-du-Fourbe ». Fourbe est d’ailleurs un mot repris des dialogues du film en question, mais pour qualifier les républicains faisant semblant de proposer la paix aux Vendéens révoltés pour mieux les étouffer…
Le soulèvement royaliste et catholique de 1793 a-t-il suscité une répression républicaine tournant au « génocide » ? On sait que l’historien Reynald Secher tient à réactualiser ainsi le mot « populicide » créé par le révolutionnaire Gracchus Babeuf. Il fut un temps où le mot « génocide » était tabou, ne pouvant évoquer que le massacre des juifs par les nazis. Des professeurs d’Histoire reconnus et respectables contestent toujours, à longueur de livres, qu’on puisse l’utiliser pour le massacre des Vendéens catholiques et royalistes, même lors de l’épisode des colonnes infernales. Mais ce terme a été depuis utilisé pour les Cambodgiens, les Tutsis du Rwanda, les Yézidis, les Ouighours, voire rétrospectivement pour les Arméniens, les Indiens d’Amérique, les Aborigènes d’Australie, etc. Alors on peut sans trop de regret balayer d’un revers de main ce genre de querelles de mots. Cependant, elles ne manquent pas d’implications juridiques et politiques. Y a-t-il eu « crime contre l’humanité » ? Les fondements théoriques de notre République sont-ils génocidaires ou au moins totalitaires ? De quoi faire bouillir d’indignation toute une gauche laïciste toujours prompte à couper des têtes au nom des droits de l’homme… Passons.
Nous avons vu le film.
Il ne mérite ni ces excès de procès d’intention et d’insultes (avec toutes les manœuvres pour gêner sa diffusion), ni probablement qu’on le porte aux nues comme une œuvre majeure. Il faut dire que ses promoteurs avaient des vues modestes au départ, ne voulant faire qu’un documentaire tourné en 18 jours, avec des reconstitutions à la manière du Puy-du-Fou. Oui mais ils avaient trop de talent. Le talent indéniable des acteurs, la qualité des images et celle de la musique ont fait penser aux commanditaires du film (à Canal +) qu’il y avait là matière à faire un vrai film de cape et d’épée projetable en salles de cinéma et pas seulement sur un écran de télévision…
Il faut dire encore que le personnage totalement chevaleresque de Charette le mérite. Alors on a un compromis qui, comme tout compromis, gêne un peu. Avant que l’aventure ne commence, il faut supporter quatre mini-interventions d’historiens. Puis la voix off se veut pédagogique un certain temps. Pour faire un vrai film d’aventures même historiques, il aurait fallu effacer ces traces documentaires. Mais on se laisse prendre tout de même car les acteurs incarnant Charette, ses « Amazones », les paysans, les généraux républicains, etc. ont de la présence et sont bien dirigés, très bien filmés. Seulement les dialogues demeurent un peu pauvres et le scénario reste très linéaire… « Ah Sophie Marceau revient ! » a-t-on envie de se dire parfois en repensant au film de Philippe de Broca « Chouans », dans un tout autre registre certes...
Il y a une chose qu’on ne peut vraiment pas reprocher à ce film, ce serait d’avoir travesti les faits historiques. Non, bien au contraire, les faits sont respectés, les enjeux délimités exactement, sans exagérations, sans pathos excessif. Quant à la psychologie des personnages c’est sans doute la plus grande réussite de ceux qui ont écrit ce film. Il n’y a aucun manichéisme et les tourments, voire les ambiguïtés du héros principal sont bien rendus. Concernant ses ennemis, certains sont montrés sous leur meilleur jour. Bref un film qu’il faut avoir vu avant d’en parler bêtement, car il mérite que l’on se déplace en salle pour bénéficier d’un spectacle souvent grandiose malgré la modicité du budget engagé... qui est en partie compensée par la machine et le professionnalisme du Puy-du-Fou… On imagine que, là-bas, durant de nombreuses années, le film fera recette. Mais puisque ce premier essai de film est une assez bonne réussite, on pourra souhaiter que ses auteurs se lancent dans des œuvres, tout aussi historiquement valables sur le fond, mais respectant mieux les critères d’une bonne « fiction » de cinéma.
Frédéric Aimard (hebdomadaire "La Nation Française")