À la vue du pitch et du casting on pouvait être à la fois aussi craintif qu’emballé. Réunir certains des plus grands acteurs français comiques de l’ancienne génération au sein d’une comédie populaire, en l’occurrence Christian Clavier et Didier Bourdon, qui parle des origines et de la mixité culturelle pouvait aussi bien accoucher d’une farce franchouillarde dans le mauvais sens du terme que d’une sympathique comédie contemporaine et bien écrite. Sachant que les deux acteurs ont cumulé beaucoup de succès au box-office (mais aussi de beaux bides) qui sont néanmoins davantage des plébiscites publics que critiques, l’espoir était mince de découvrir une grande comédie. La saga des « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu » braconnait déjà sur ce terrain-là mais le faisait plutôt bien (enfin, surtout le premier) grâce à un scénario sympa et qui se riait des stéréotypes (en y sombrant parfois quand même). Malheureusement, avec « Cocorico » on est plutôt dans la première catégorie, celle de la comédie cliché et généralement foireuse.
En effet, ici on saute à pieds joints dans ce que la comédie française peut offrir de plus caricatural et daté. On se croirait presque revenu au temps des films de Jean-Marie Poiré, certes très drôles pour l’époque. Mais les temps changent et l’humour évolue, même s’il est de bon ton de pouvoir rire de tout. En tout cas il faut œuvrer pour... « Cocorico » ressemble, en tout cas dans sa première partie, à du théâtre filmé lorgnant dangereusement vers la (mauvaise) comédie de boulevard. L’histoire de ces tests génétiques pour découvrir les origines était en soi une bonne idée mais sa mise en œuvre nécessitait bien plus de finesse et de tact que cet empilement des clichés sur les portugais, les anglais, les allemands ou les indiens. On sent même une petite hypocrisie ici en voulant éviter de parler des maghrébins, des chinois ou autre pour rester politiquement correct mais c’est finalement tout aussi lourd avec les populations visées. On surfe sur des stéréotypes sans vergogne de manière périmée et sans aucune délicatesse.
C’est bien simple avec ce film, qui a cartonné en France en début d’année, on sent bien la formule appliquée à la lettre de la comédie à destination des plus âgés, voire des populations racistes et réactionnaires. Une comédie pour les électeurs du Rassemblement national en somme. Alors bien sûr, on rit quand même de bon cœur aux répliques cyniques et moqueuses que s’envoient Clavier et Bourdon, ravis de se donner la réplique dans une telle pantalonnade. Dans des rôles archétypaux qui ont fait leur marque de fabrique, ils excellent et nous réservent une bonne demi-douzaine d’échanges amusants voire très drôles mais cela ne suffit pas à élever ce film au rang de bonne comédie, surtout que tous deux restent dans leur zone de confort. Quant à ces dames, Marianne Denicourt et Sylvie Testud, elles semblent à côté de la plaque tandis que les comédiens jouant leurs enfants jouent mal. Et la réalisation de Julien Hervé est à l’unisson : pauvre et tristement télévisuelle. Bref, « Cocorico », malgré quelques bonnes répliques, est un long-métrage vieillot à l’humour souvent gênant.
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