Dans ce film la réalisatrice raconte les souvenirs d’une fille des vacances passées avec son père dans un hôtel club en Turquie il y a 20 ans. C’est filmé avec finesse et émotion et l’interprétation du père à la personnalité complexe et de sa fille sonne juste. Même s’il ne se passe grand-chose et que le passé du père reste assez mystérieux, cette évocation est bien traitée par la réalisatrice.
Voilà un petit film qui a fait son bonhomme de chemin depuis son passage remarqué à Cannes lors de la Semaine de la Critique où il a reçu un prix spécial. On en entend que des louanges et pour certains médias c’est même le film de l’année. Mais qu’en est-il vraiment? Alors oui, il faut avouer qu’il y a un petit quelque chose dans cet « Aftersun » qui évoque la naissance d’une cinéaste, puisqu’il faut préciser que c’est un premier film. Il s’en dégage en effet une petite musique relativement envoûtante, une patte certaine et qui se définira certainement encore plus avec le temps. La manière de filmer, le montage ou cette façon un peu singulière de raconter les choses est notable. Ces fameuses vacances entre une petite fille et son père au début des années 2000 en Turquie, vue à hauteur d’enfant, développent une atmosphère unique et intéressante. On sent le long-métrage de Charlotte Wells fortement autobiographique. Et que la cinéaste a voulu opérer une sorte de catharsis, à vertu fortement libératoire, en nous contant ses souvenirs d’enfance. Le résultat est-il aussi incroyable et immanquable qu’on voudrait nous le faire croire ? Pour l’auteur de ces lignes, c’est clairement un non. Mais un constat négatif à nuancer car « Aftersun » est très loin d’être raté et développe des qualités incontestables et un univers charmant, touchant et singulier qu’il serait dommage de ne pas goûter.
D’abord, il faut reconnaître le côté extrêmement réaliste et prégnant de cette semaine de vacances. Pour qui a connu les balbutiements des formules all inclusive dans les hôtels des pays ensoleillées en développement, c’est exactement ça et il y a une sensation de Madeline de Proust indiscutable. Ensuite, la petite Frankie Corrio est tout bonnement incroyable de naturel et de bagout et sa complicité avec Paul Mescal, découvert dans le sublime série « Normal People » et tout aussi efficace dans le rôle du père, est frappante. On pourrait croire à un récit initiatique mais « Aftersun » va chercher autre chose que cette classique histoire d’apprentissage d’enfant. Un autre spectre qui va convoler avec une part de mystère concernant le passif exact du père et la vie de Sophie adulte. A nous de recoller les morceaux, ce qui donne au film un aspect étrangement addictif mais aussi frustrant. La caméra de Wells parvient à saisir tous ces instants propres à ce genre d’expérience infantile. Mais il y a aussi des longueurs, des scènes inutiles et d’autres dont on cherche encore la signification. Le long-métrage est donc certes à découvrir mais clairement pas le chef-d’œuvre immanquable annoncé un peu partout. Mais il est compréhensible que certains aient pu être envoûtés par une telle proposition et que l’on ait découvert une cinéaste sensibile et prometteuse.
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Un père et sa fille de 11 ans séjournent pendant quelques jours dans un club de vacances sur la côte turque, à la fin des années 90. Il se passe finalement peu de choses dans Aftersun, le premier long-métrage de l’Écossaise Charlotte Wells, qui décrit avec sensibilité la complicité nouvelle entre deux êtres que la vie a séparé. Mais ces moments anodins ne sont pas qu'insouciance, avec une mise en scène qui instille subtilement une inquiétude, tout d'abord indéfinissable, mais de plus en plus prégnante, accentuée par de courtes scènes postérieures de 20 ans qui concernent la fillette désormais adulte. Quel drame se joue derrière les joies de l'instant, pour ce duo qui se (re)découvre ? De quoi souffre vraiment ce père aimant, si malheureux lorsqu'il se retrouve seul ? L'on ne peut qu'esquisser des débuts de réponse et imaginer la raison qu'a une jeune femme aujourd'hui de se replonger dans les souvenirs de son passé. Là où Aftersun intrigue et, finalement, séduit, c'est dans son refus d'expliquer clairement de quoi il retourne, sans pour autant cesser de nous obliger à réfléchir à ce qui se cache derrière un récit faussement banal. Entre Sofia Coppola et Lynne Ramsay, Charlotte Wells exprime déjà un talent très sûr, y compris dans sa direction d'acteurs avec les interprétations tout en finesse de Paul Mescal et de la jeune Frankie Corio, dont la belle alchimie participe grandement au plaisir anxieux pris devant Aftersun, si fragile et si maîtrisé.
On a fondu comme une glace au soleil... Oui, Aftersun est lent, très contemplatif, et l'on ne jettera pas la pierre (le galet de plage) à ceux qui ont sombré dans l'ennui, tandis que de notre côté on plongeait tête la première dans une belle mélancolie, dans une joie mêlée de tristesse, dans un binôme tout à fait charmant du papa "dans la Lune, mais fou d'amour pour sa fille" (adorable Paul Mescal) et sa petite fille (tout aussi adorable Frankie Corio) qui est tiraillée entre son amour réciproque pour son papounet et son envie d'autonomie... Sauf que, là où on commençait à trouver longues les séances bronzettes et les étalages de crème solaire, Aftersun a dégainé un échantillon de son après-soleil triste, très triste : un flash-forward où quelque chose semble ne pas aller, où l'on perçoit un souvenir à enterrer, et l'on fait alors rapidement le lien avec spoiler: le papa qui sombre peu à peu dans la déprime anticipative, qui sait qu'à la fin de l'été, il devra dire adieu à sa fille pour qu'elle aille avec sa mère dans un autre pays. Et Aftersun nous a d'un coup renversé comme un pâté de sable : d'abord on ne savait pas où le film voulait en venir, et d'un coup on a vu toute la mélancolie des moments de bonheur, savourés par le papa comme "des derniers", se forçant à profiter du présent, vivant tout au passé. Il nous a brisé le cœur, et le premier twist (spoiler: sa tentative de suicide par noyade ) nous a fait une petite frayeur, sachant pertinemment que l'on aurait quand même droit à cette finalité plus tard dans le film, et Aftersun de nous laisser littéralement sur une porte ouverte, pour notre part une image esthétisée du spoiler: papa qui quitte la scène avec tous ses souvenirs de vacances. Tout comme ce papa, à partir du moment où l'on a compris qu'on aurait droit à une fin tragique, on a essayé de ralentir le temps, de grapiller le bonheur dans les scènes de complicité, Aftersun nous a fait ressentir le présent que l'on vit déjà au passé, avec une fin qui nous a fait sortir les lunettes de soleil pour cacher nos yeux embrumés.
Mon incompréhension a été totale quand j'ai appris que ce film avait reçu le Grand Prix du Festival de Deauville. Je me suis rarement aussi ennuyé. Il ne s'y passe rien, on attend la fin des vacances partagés entre un père et sa fille comme une délivrance. Certes le jeu de l'adolescente est assez juste mais cela ne suffit pas à sauver le film. En comparaison, le film Over/Under, présenté au cours du même festival et qui n'a rien eu, décrit l'amitié entre deux adolescentes et leurs réactions quant à leurs transformations physiques de manière poignante. Cette bobine tutoie le chef d'oeuvre.
Premier film réalisé par Charlotte Wells qui nous propose un film porté par une jeune actrice talentueuse et prometteuse ; Célia Rowlson-Hall. C’est un film plutôt feel good où l’on suit un père et sa fille. Des images très jolies mais un scénario trop faible. Dommage.