Une de mes dernières grosses claques cinématographiques. En revanche attention ce n’est pas un film pour tout le monde : il a un rythme bien à lui et fait partie de ces longs-métrages qui vous laissent comprendre par vous-même ce qu’il se passe plutôt que de vous donner toutes les clefs. Et c’est d’ailleurs ce qui fait qu’il est aussi intéressant.
J’ai rarement vu une relation aussi pure et touchante entre une fille et son père au cinéma. Le côté extrêmement immersif du film nous fait d’autant plus ressentir le lien très fort qui les unis, doublé d’un jeu d’acteur franchement impressionnant de réalisme de la part de Paul Mescal et surtout de Frankie Corio (dont je n’arrive toujours pas à m’expliquer la non-nomination aux oscars au vu de sa performance). C’est d’ailleurs peut-être ce côté très immersif en lui-même qui pourrait, et je le comprendrais tout à fait, sortir du film. Car tout est très volontairement très lent. On suit une famille en vacances d’été, sous le soleil, il fait chaud, et on prend son temps en profitant de chaque instant, ce qui se traduit notamment par un esthétisme de l’image très poussé.
Pour être tout à fait transparent, les 15 premières minutes m’ont dans un premier temps fait assez peur, j’ai commencé à me dire que presque 2h de film à ce rythme allaient finir par avoir raison de ma personne. D’autant plus qu’on peut ressentir une forme de prétention dans cet esthétisme de l’image au premier abord. Mais j’ai fini par rentrer dans le film, et tous mes doutes se sont envolés, car tout est finalement justifié. Heureusement que j’avais quelqu’un avec qui en discuter après la séance parce que j’ai rarement ressenti des émotions aussi fortes devant un film !
Tout cela passe en partie par la compréhension progressive du suicide du père, et par l’exposition de sa dépression, qui nous font comprendre que ce sont littéralement ses dernières vacances avec sa fille. Avant de s’en rendre compte on se demande d’ailleurs si l’histoire ne va pas tendre au sordide entre eux, en sentant qu’il va se produire un drame, mais sans pouvoir l’identifier en premier lieu. Mais on finit par ressentir son déchirement entre le fait d’être retenu sur Terre par le seul amour de sa fille, et sa décision de mettre fin à ses jours. J’ai été à deux doigts de fondre en larmes au moment où Paul Mescal est filmé de dos en train de pleuré sur son lit, scène qui, avec son contexte, illustre parfaitement toute la complexité du personnage selon moi. Le côté dramatique mélangé au bonheur des deux personnages d’être ensemble est parfaitement maitrisé durant tout le long-métrage, et je trouve que la réalisatrice n’en fait jamais trop. Le seul reproche que je pourrais faire serait sur la scène de la boite de nuit qui revient à plusieurs reprises dans le film. Elle n’est pas très lisible selon moi car les flashs sont bien trop courts (bien que ce soit un effet de mise en scène métaphorique et volontaire assez compréhensible)
Autant vous dire que pour un premier film, c’est franchement exceptionnel d’atteindre un tel niveau. On en ressort avec une profonde mélancolie, dans ce qu’elle a de plus complexe, entre une impression de bonheur nostalgique et de tristesse. Même plusieurs mois après avoir vu ce film, je continue d’y repenser et d’avoir des flashs de certaines scènes qui reviennent. En attendant, j’ai extrêmement hâte de voir ce que nous proposera Charlotte Wells dans ses prochaines réalisations !