Ali est un jeune Tunisien qui ne se voit pas d’avenir, sinon celui de traverser la Méditerranée à la recherche d’une vie meilleure. En rupture de ban, il a abandonné le foyer familial pour squatter une maison en construction. Il gagne sa vie chichement en vendant de l’essence de contrebande. La mort de son père et la défection de son frère aîné l’obligent à revenir vivre avec ses deux sœurs cadettes et à renoncer à ses projets d’émigration. Pour leur éviter la saisie de leur maison et réunir la somme nécessaire au remboursement des dettes de son père, Ali doit franchir les limites de la légalité.
Dans le dossier de presse, le réalisateur Lotfy Nathan explique le double sens du titre. « Harka » dit-il désigne d’une part l’immolation par le feu, comme celle de Mohamed Bouazizi en décembre 2010, à Sidi Bouzid où "Harka" a été tourné. Ce suicide, on s’en souvient, fut l’étincelle qui provoqua le Printemps arabe en Tunisie, la fuite de Ben Ali et l’instauration d’une fragile démocratie qui vient de connaître à l’été 2021 un virage autoritaire à l’instigation du Président de la République Kaïs Saïed. « Harka » désigne d’autre part un migrant qui traverse illégalement la Méditerranée.
Ces deux destins aussi désespérés l’un que l’autre semblent être les seuls offerts au jeune Ali, que le réalisateur a chargé de symboliser à lui seul l’impasse la jeunesse tunisienne. Dans le rôle, la révélation Adam Bessa, de tous les plans, porte le film avec une incandescence fiévreuse.
Un moment, on pressent que la chronique sociale va verser dans le polar lorsqu’Adam prend le chemin de la frontière libyenne pour en ramener de l’essence de contrebande. Mais dans son dernier tiers, le film retrouve son lit. Il se hâte lentement vers un dénouement qui nous surprend d’autant moins qu’on l’avait fatalement pressenti.
Très bon film dur car il démontre comment un homme pauvre fait tout pour s'en sortir et nourrir sa famille et qu'autour même la police est corrompue et lui soutire le peu qu'il a dans une indifférence totale, très bonne interprétation
Un premier film prenant qui permet de comprendre le malaise de la jeunesse tunisienne précaire et offre un rôle en or à l'acteur Adam Bessa. On attend avec intérêt le second long métrage de Lofty Nathan.
Film social poignant qui nous fait rentrer dans la dure réalité d’une famille tunisienne. C’est parfait aussi bien dans les dialogues, les images que dans l’interprétation de l’acteur principal. Film à voire.
Le cinéma tunisien, du point de vue artistique, se porte très bien et se fait sans cesse remarquer dans les festivals internationaux (Streams, Sous les figues, Ashkal ...). Son état est bien meilleur que celui d'un pays que tous ces films décrivent comme (toujours) corrompu et donnant aussi peu d'espoir à une jeune génération qui aspire le plus souvent à émigrer. Harka confirme que le printemps arabe n'a rien changé pour un citoyen lambda comme Ali, le héros du film, qui ne peut décemment rester dans la légalité s'il veut pourvoir à ses besoins de base ainsi qu'à ceux de ses deux sœurs cadettes dont il a la charge. La tonalité est constamment sombre dans Harka, même si une voix off tente de convoquer une veine plus poétique et si le récit emprunte brièvement la route du thriller. Mais c'est bien d'une œuvre sociale (et politique) dont il s'agit d'abord, avec un engrenage fatal que l'on peut trouver cependant difficile à croire, lorsqu'il débouche sur de dernières scènes terribles, qui ont avant tout une valeur de symbole. Tourné sur les lieux mêmes où la révolution de jasmin a commencé, avec l'immolation de Mohammed Bouazizi, Harka témoigne à la fois de la colère et de l'impuissance d'un peuple qui s'est fait confisquer sa révolution. Sur un pur plan cinématographique, Il a aussi le mérite de révéler un acteur très impressionnant, en la personne de Adam Bessa.
Cette histoire de trafic d’essence qui baigne ce premier long métrage de fiction de Lotfy Nathan, un réalisateur aux origines égyptiennes, né à Londres et vivant aux Etats-Unis, n’est sans doute pas anodine : le film a été tourné à Sidi Bouzid, la petite ville tunisienne d’où est parti le Printemps arabe, le 17 décembre 2010, avec l’immolation de Mohamed Bouazizi, lui aussi marchant ambulant, devant le siège du gouvernorat. Plus de 10 ans après, que reste-t-il de ces moments d’espoir pour des populations vivant chichement, entourées par l’injustice et la corruption ? Pas grand chose, semble-t-il, et c’est ce que nous montre "Harka" ! Harka, un mot arabe qui semble avoir de nombreuses significations, différentes peut-être d’un pays à l’autre. D’après le réalisateur, harka signifie brûler mais désigne aussi, en argot tunisien, un migrant qui traverse illégalement la Méditerranée en bateau. Deux significations qui collent parfaitement avec le film : d’un côté, une histoire inspirée par Mohamed Bouazizi, de l’autre, un personnage principal qui rêvait de partir vers l’Europe. Le tableau que dresse Lofty Nathan de la Tunisie d’aujourd’hui est désespérant, et, même si son film, tourné en 35 mm, souffre un peu d’hésiter entre conte pour adultes, ce à quoi fait penser l’utilisation en « voix off » de la voix de la sœur d’Ali, et brûlot politique, il arrive à nous faire entrée en sympathie avec le personnage d’Ali. lire critique complète sur https://www.critique-film.fr/critique-express-harka/
Une critique de la société tunisienne post révolution assez efficace, bien que la conclusion du film soit un peu trop prévisible (malgré la puissance du message que cela fait passer) L'interprétation d'Adam Bessa est exceptionnelle. Film à voir
Après un documentaire sur les motards baltimoriens de « 12 O'Clock Boys », Lotfy Nathan passe à la fiction, en route vers une Tunisie qui ne semble pas vraiment avoir digéré son printemps arabe. Le fantôme de Mohamed Bouazizi circule dans les plans les plus sombres, faisant foi d’une abnégation silencieuse, chez une jeunesse privée d’une vie en société. Il n’est donc pas étonnant de voir le cinéaste invoquer l’urgence, au beau milieu de paysages magnifiques, où le soleil peut à la fois illuminer l’horizon et brûler tous les espoirs de cette poignée d’individus qui tentent de survivre par tous les moyens.
La crise est gouvernementale et administrative, mais ce sera par le biais du personnage d’Ali, tenu par un Adam Bessa charismatique, que l’on contemplera la misère d’une nation endeuillée par l’injustice. Il vit de contrebandes d’essence, dans l’espoir de filer vers le fantasme d’une Europe salvatrice, mais en faisant le point sur cette « magie » qui a disparus, une voix-off le rappelle à l’ordre. Ali baigne dans la réalité du désert social, où il n’existe pas de droit pour ce dernier, toujours sous l’emprise d’une police corrompue. L’argent est le nerf d’une guerre de position, car il ne change pas son point de vente ou encore son domicile de fortune, en ruine, caractérisant à la fois son état d’esprit mutilé et l’état dans lequel se trouve son pays, qu’il ne parvient plus à protéger ses citoyens.
Le récit ne nous épargne pas les écueils du genre, où le héros verra ses responsabilités se multiplier à la mort de son père. Ce dernier laisse ainsi une génération livrée à elle-même, où le frère d’Ali prend la fuite, tandis que ses sœurs restent, simplement parce qu’elles sont limitées par un mode de vie toxique, où le profit enterre les chances de renouvellement de la famille. Le film se balade d’ailleurs ainsi entre le thriller et le drame. La stabilité n’est pas dans l’ADN de ce projet, qui a tous les éléments pour une dénonciation universelle. Cette démarche trouvera rapidement se limites, mais avec le comédien vedette et le raisonnement pessimiste de l’œuvre, il est possible de se laisser embarquer dans une aventure introspective forte.
Sans réinventer le concept, « Harka » s’appuie sur ce qu’il sait, à savoir l’échec d’une transition, toujours en cours et qui ne demande qu’à s’embrasser, dans le but de tourner la page et non pas de rappeler les funestes chapitres qui hantent encore la Tunisie et ses nouveaux martyrs. Le film se fige dans l’entre-deux, afin de laisser toute la place au spectateur d’accompagner Ali dans sa chute, malgré une bienveillance, qu’il revisite avec une grande sincérité. En attendant « Son », la prochaine fiction biblique et horrifique du cinéaste, il est donc envisageable d’y trouver une dimension supplémentaire à ce portrait intimiste et nourri de mélancolies.
(...) En tant que spectateur, nous ne pouvons que soutenir Ali, qui se démène comme il peut. Rien à condamner chez lui : il n’aime pas le copain qui fait croire à l’eldorado berlinois, il essaye d’assurer auprès de ses sœurs, il ne fait rien d’immoral. Il est dénué de complexité comme l’est le reste du film qui ne nous apprendra rien de plus sur l’environnement social ou politique en dehors des radios allumées. Tant et si bien que le drame final nous paraît improbable et que le film laisse l’impression d’avoir utilisé une histoire fondatrice de la Tunisie sans lui faire véritablement honneur. (extrait du compte-rendu du festival de Cannes 2022 sur Africultures)
Rythme narratif efficace, acteur principal beau et convaincant, personnages des deux sœurs -seconds rôles essentiels- bien "dessinés" et joués... Ali est vite coincé entre son désir -suicidaire- de tenter l'émigration vers l'Europe, la nécessité qu'il a de "faire" de l'argent pour sauver sa famille, son affection pour ses sœurs, sa pudeur de mec qui l’empêche de le leur dire mais aussi de partager avec elles ce qu'il essaye de faire pour les en sortir... Belles images, notamment celle, ambiguës, face à la mer, espace de loisir et de plaisir pour les uns, espace de perdition pour Ali et ses congénères. La chute est, clairement, pour Lotfy Nathan le constat que l'immolation de Bouazizi en 2010 et le "printemps tunisien" qui a suivi n'ont servi à rien : la misère et la corruption sont de nouveau la règlespoiler: et Ali est contraint de reproduire le geste de de Bouazizi (dans des circonstances qui sont similaires) ... Problème, il n'est pas sûr que l'anglo-américain Lofty Nathan soit bien placé pour nous l'affirmer... A voir quand même !