Le réalisateur Alonso Ruizpalacios a conçu la cuisine du restaurant comme les entrailles d’un sous-marin ou d’un navire sur le point de couler. Une scène clé du film montre une inondation de Cherry Coke, inspirée d’un souvenir personnel du réalisateur à Times Square. Cette image, à la fois absurde et poétique, symbolise un système capitaliste débordant, dont les travailleurs sont prisonniers.
Afin de capturer le réalisme du service en cuisine, les acteurs ont suivi une formation rigoureuse. Le matin, ils prenaient des cours de cuisine avec de vrais chefs pour apprendre à préparer les plats du film. L’après-midi, ils répétaient dans un théâtre, travaillant à la fois leur jeu et leur coordination. Ce processus leur a permis de reproduire avec précision le chaos et l’énergie d’une brigade en plein coup de feu.
Une des séquences les plus intenses du film montre le personnage de Pedro se roulant au sol, se couvrant d’aliments et se plongeant dans une humiliation physique. Pour préserver l’authenticité de ce moment, la scène a été tournée en une seule prise continue, avec huit ou neuf tentatives nécessaires pour obtenir le résultat parfait. Un véritable défi pour l’acteur Raúl Briones, qui s’est entièrement investi dans son rôle.
Contrairement aux films culinaires traditionnels qui mettent en avant des couleurs vives et appétissantes, The Grill a été tourné en noir et blanc. Ce choix esthétique vise à recentrer l’attention sur les visages et les émotions des travailleurs plutôt que sur la nourriture. Seule une scène intime entre Pedro et Julia dans une chambre froide se distingue avec une teinte bleue, reflétant l’état émotionnel glacial de Julia.
Le travail sonore a été minutieusement conçu pour renforcer l’immersion du spectateur. Le réalisateur a voulu que les sons diégétiques, comme celui de la machine à tickets ou des ustensiles, soient perçus comme des éléments musicaux. L’idée était d’évoquer un rythme proche de la techno, tout en restant subtilement intégré à l’environnement bruyant et stressant d’une cuisine professionnelle.
L’un des thèmes du film s’inspire d’un ex-voto mexicain représentant un homme enlevé par des extraterrestres. Ruizpalacios a fait un parallèle avec le terme "alien", qui désigne à la fois les extraterrestres et les immigrants aux États-Unis. Cette métaphore illustre l’aliénation et la transformation des travailleurs immigrés, souvent exploités et invisibles dans une société qui ne les reconnaît qu’au moment où elle a besoin d’eux.