On se laisse porter par la recherche de cette femme qui a besoin de comprendre son passé pour mener sa vie à elle et exister en âme et conscience. L’ambiance, la lumière, tout est bien amené et filmé. Très bonne surprise.
Romería, le nouveau film autobiographique de Carla Simon, est une œuvre qui interroge l’identité et le besoin d’appartenance. À travers le personnage de Marina, le film nous embarque dans un voyage intime, entre mer et souvenirs, à la rencontre d’une famille qu’elle ne connaît pas.
La mise en scène est particulièrement soignée : des plans souvent fixes, composés avec précision, qui offrent de très belles images. La photographie, naturelle et lumineuse, renforce ce sentiment d’authenticité et d’organique. Carla Simón filme les corps avec beaucoup de simplicité, notamment dans des scènes de nudité jamais sexualisées, ce qui participe à une approche très humaine et sincère.
Les personnages sonnent juste, avec une vraie naturalité, et donnent envie de s’y attacher. On prend plaisir à suivre Marina dans cette forme d’enquête intime autour de son histoire familiale, avec l’envie de comprendre, avec elle, le passé de ses parents.
Cependant, malgré ces qualités, le film m’a laissé à distance. Le rythme lent m’a fait décrocher par moments, et j’ai ressenti un certain ennui. C’est peut-être un manque de développement dans les relations qui se fait sentir : on aurait envie de passer plus de temps avec ces personnages, de mieux comprendre leurs liens, pour renforcer l’implication émotionnelle
Le film aborde pourtant des thèmes forts, notammentspoiler: le sida dans l’Espagne des années 80, un sujet ici traité avec justesse et sensibilité . Cet aspect est sans doute l’un des plus réussis du film.
Au final, Romería reste une œuvre sincère, esthétique et maîtrisée, mais qui, à mes yeux, manque d’un supplément d’engagement émotionnel pour pleinement convaincre.
Carla Simón continue son exploration autobiographique, mais sans jamais tomber dans le nombrilisme : elle parle d’elle, oui, mais surtout de nous tous. Le film fonctionne comme une enquête intime : une jeune fille remonte le fil de son histoire familiale, entre secrets, silences et morceaux manquants. Et puis il y a ces moments oniriques, où le film bascule légèrement dans le rêve, comme pour réparer ce que la réalité a cassé. Le contexte des années 80, avec la crise du sida et ses stigmates, donne au récit une profondeur politique sans jamais écraser l’intime.
Une plongée (étouffante) dans un univers familial inconnu traité avec finesse et grande originalité. A la fois poétique,émouvant et créatif (entremêlement de rushs au caméscope, de lectures intimes, de rêves, de sarabandes et d'enquête familiale), ce film, qui pourrait être un reportage puisqu'il concerne la propre quête d'origines de la réalisatrice, est un vrai ravissement.
Un film profondément sensible, porté par une quête intime d’une grande justesse. À travers le regard de son héroïne, la réalisatrice explore avec délicatesse les thèmes de l’héritage, de la mémoire et de l’identité, sans jamais tomber dans le pathos. Cette recherche personnelle, presque silencieuse, donne au récit une authenticité touchante et universelle. Mais ce qui frappe tout autant, c’est la beauté solaire du film. La lumière, omniprésente, baigne les paysages et les visages d’une chaleur presque tangible, créant un contraste subtil avec les zones d’ombre du passé. Carla Simón filme le réel avec une douceur lumineuse, transformant chaque instant en souvenir précieux.
"Carla Simón n’a jamais vraiment cessé de filmer sa propre histoire. Avec Romería, son troisième long-métrage en compétition à Cannes 2025, elle va plus loin que jamais : reconstituer la jeunesse de ses parents, morts du sida, à travers le regard d’une fille de 18 ans qui débarque en Galice pour la première fois. Un film sur les origines, les silences de famille et le pouvoir du cinéma à combler ce que la vie n’a pas laissé le temps de vivre."
"Né d’une frustration de ne pas réellement connaître ses origines et d’un désir de combler ce vide, Romería ne reste pas moins un hommage aux parents et aux origines galiciennes de Carla Simón qu’une véritable proposition cinématographique, qui confirme encore une fois que la cinéaste a autant sa place en compétition cannoise que dans nos cœurs. La première partie se prête à une analyse à distance de la famille. Chaque journée du voyage de Marina — venue récupérer un document attestant sa filiation avec un père qu’elle n’a pas connu — la conduit à évaluer la fragilité des liens qui unissent ou séparent les membres de cette grande famille, à commencer par le mélange de castillan, catalan, galicien et français qui dit déjà, à lui seul, l’éclatement des appartenances. Au sommet de la hiérarchie trône un grand-père conservateur qui semble tenir en joug le destin de ses descendants. Marina ne trouve pas vraiment sa place parmi eux et déambule comme une invitée spéciale, face à qui chacun revêt un masque de bienséance. Sa forte ressemblance avec sa mère la conduit également dans un jeu de mimétisme croissant avec son fantôme, forçant la famille à se remémorer une époque qu’elle préfère enterrer plutôt que commémorer. C’est là l’une des obsessions profondes de Simón : la mémoire comme terrain miné, fragmentée par la honte et le silence, et pourtant indispensable à la construction de soi."
"Mais pour aller au-delà de cette frontière quasi mystique, Simón choisit soudainement de rompre sa narration linéaire pour plonger dans une balade spirituelle et mémorielle : un aparté onirique et sensoriel dans les limbes de l’Espagne des années 80, coïncidant avec la fin du régime de Franco et le début d’une vague de liberté qui s’est rapidement emparée d’une jeunesse prête à tout explorer sans limite. Pour cette séquence, Simón convoque des influences picturales et le Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni pour composer quelque chose qui ressemble moins à un rêve qu’à une mémoire inventée, conforme à sa conviction que le cinéma peut fabriquer un segment de vie qui n’a pas pu être vécu."
"La cinéaste filme ainsi le corps expressif de Marina, qu’elle soit dans l’eau ou dans le coin d’une pièce, avec la conscience de filmer une part d’elle-même. Elle se reconnaît dans ce personnage solitaire et froid par moments. L’aura et le jeu de Llúcia Garcia — découverte par hasard dans la rue après des milliers de candidates — brouillent les frontières du réel, et la mise en scène en profite pour livrer une histoire touchante à travers les conflits familiaux. Elle joue magnifiquement sur les deux époques : celle d’une aspirante cinéaste qui étudie un sujet personnel à la source, et celle qui fait l’objet d’une reconstitution racontant un désir d’évasion contradictoire avec l’addiction à l’héroïne. La représentation du sida, beaucoup mieux amenée et exploitée que dans Alpha, rend autant hommage aux victimes qu’à leurs proches. Ici, Simón offre une seconde vie et une seconde chance à ses parents en reconstituant sa vision de leur jeunesse décadente et résistante. Il y a là un geste et un regard de cinéaste qui se dessine avec beaucoup de sérénité et de maîtrise qu’on ne voit pas le temps passé."
"Et si le spectateur peut simplement se laisser envoûter par la beauté de Vigo et de ses rivages, ce n’est pas pour s’y perdre : c’est parce que ces lieux encapsulent précisément ce que le film accomplit. Simón y a fabriqué une mémoire qui n’existait pas, comblé un vide par la seule force du cinéma. Romería est ainsi à la fois un acte de deuil et un acte de naissance — mélancolique et vivant, intime et collectif — et l’une des œuvres les plus singulières du cinéma espagnol contemporain."
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Délicat malgré un peu de lourdeur dramatique, SIMON livre un portrait sur la recherche et la compréhension de soi, par le prisme d'une découverte familiale romanesque et émouvante, qui touche avec beaucoup de justesse et de simplicité le spectateur
Dès son premier long métrage, Été 93, prix du meilleur Premier film à la Berlinade 2017, la réalisatrice catalane Carla Simón avait choisi de s'inspirer de sa propre existence dans l'écriture de son scénario : parents morts du sida alors qu'elle était très jeune, jeunesse passée auprès d'un frère de sa mère et de sa famille. Nos soleils, également présenté à Berlin, en 2022, avait également un côté autobiographique non négligeable, avec cette histoire se déroulant en Catalogne d'une petite exploitation familiale de production de pêches. "Romería" est le 3ème long métrage de Carla Simón et c'est de nouveau son histoire familiale qui a inspiré ce film, présenté en compétition lors du dernier Festival de Cannes. Cette fois ci, le personnage principal, Marina, a été adoptée, mais, pour pouvoir obtenir une bourse lui permettant de poursuivre ses études de cinéma, il lui faut reprendre contact avec la famille de son père. Il y a tellement de personnages qu'on s'y perd et, au final, le film s'avère très confus, d'autant plus qu'il qu'il prend un caractère onirique dans sa 2ème partie. Sinon, il y a de belles scènes sous-marines et de belles images des fêtes de Vigo, en Galice, la ville où Marina la catalane s'est rendue pour visiter sa famille. Vu au Festival de Cannes 2025.
Romería de Carla Simón s’inscrit dans une continuité thématique forte autour de la mémoire et de la famille, en proposant cette fois une approche plus frontale de l’absence comme fondement identitaire. Le film suit une jeune femme adoptée, contrainte par une démarche administrative à renouer avec une partie de sa famille biologique. Ce point de départ, ancré dans une réalité concrète, permet de déclencher une exploration plus vaste, celle d’un passé fragmenté et difficile d’accès.
Le récit repose sur une tension centrale : comment se construire lorsque les repères familiaux sont incomplets. Ici, la filiation ne se transmet pas de manière fluide. Elle est marquée par des silences, des non-dits, et une incapacité à formuler clairement l’histoire. Cette absence de récit cohérent oblige le personnage à adopter une posture active. Le passé ne lui est pas donné, il doit être reconstruit à partir d’indices, de ressentis, et de fragments dispersés.
Le film met en lumière un paradoxe particulièrement fort. La famille, censée être un socle, devient ici un espace instable. Elle contient des réponses, mais ne les délivre pas entièrement. Cette retenue est liée à un contexte générationnel marqué par des traumatismes profonds, qui rendent la transmission difficile. Le poids de ce silence crée une forme de distance, presque irréductible, entre le personnage et ses origines.
Face à cette impossibilité d’accéder à une vérité complète, le film propose une autre voie. Il ne s’agit plus seulement de comprendre, mais d’accepter que certaines zones resteront inaccessibles. La construction de soi passe alors par une réappropriation du passé, qui peut inclure une part de subjectivité. Ce glissement est essentiel. L’identité ne dépend plus uniquement de ce qui a été vécu ou transmis, mais aussi de ce que l’on choisit d’en faire.
Ce positionnement permet au film d’éviter une résolution simpliste. Il ne cherche pas à combler les manques, mais à les intégrer comme partie constitutive de l’individu. La question posée n’est pas tant celle de la vérité, que celle de l’équilibre à trouver entre ce que l’on sait et ce que l’on ignore.
L’interprétation de Llúcia Garcia accompagne pleinement cette approche. Elle donne au personnage une présence à la fois fragile et déterminée, traduisant cet état de transition permanent. La mise en scène, quant à elle, joue sur une porosité entre passé et présent, renforçant l’idée d’une mémoire en mouvement, jamais totalement figée.
Ainsi, Romería propose une réflexion nuancée sur l’identité. Il interroge la possibilité d’être pleinement soi sans disposer de toutes les clés de son histoire. Le film ne donne pas de réponse définitive, mais esquisse une piste : celle d’une acceptation lucide de l’incomplétude, comme condition même de toute construction personnelle.
Vu à l'avant premiere du MK2 Quai de Loire du 31/03/2026. Film d'auteur espagnol très personnel sur l'histoire de la réalisatrice qui a perdu ses 2 parents du sida lorsqu'elle était bébé. Elle a ensuite été élevée par une famille d'accueil à Barcelone. A 18 ans, elle décide de partir à la rencontre de la famille de son père à Vigo en Galice, qu'elle n'a jamais rencontrée. Étudiante en cinéma, elle filme avec son caméscope ces rencontres et se demande si le lien du sang crée forcément famille. Elle se heurte à du silence, des non-dits, un souhait d'oublier le passé. De beaux passages rétrospectifs sur l'amour de ses parents dans les années 1980 en Galice, entre l'héroïne, les soirées et la mer. Des répliques assez drôles lors des scènes de réunion familiale. L'actrice est superbe.
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3,0
Publiée le 25 mars 2026
Est-ce que le lien du sang suffit pour faire partie d'une famille ? C'est l'une des nombreuses questions que se pose Marina alors qu'elle va rencontrer sa famille de sang pour la première fois. Si elle est là pour de la paperasse, elle est également curieuse d'en savoir plus sur ses parents avec des questions trop longtemps restées sans réponse. Pour eux, elle est comme une présence qui fait remonter de douloureux souvenirs. C'est plus subtil que frontal et certaines choses prennent du sens que plus tard, mais on peut deviner beaucoup de choses à travers leurs comportements, questions ou remarques. Ça se ressent également dans le traitement avec Carla Simón qui ne choisit jamais la confrontation malgré la sensibilité des sujets tels que le déni collectif, le rejet ou encore la stigmatisation. "Romería" n'est pas un drame puissant, mais cette introspection semi-autobiographique est agréable à suivre même si la dernière partie m'a semblé de trop.
Excellent ! Un peu confus au début, le film s’éclaircit au fur et à mesure de son déroulement. On comprend progressivement que l’héroïne, jeune fille de 18 ans, est à la recherche de ses parents biologiques, de leurs traces, de son histoire à elle. La fille et la mère sont jouées par la même actrice dans un effet miroir troublant. Mais tout s’éclaire à la fin, il suffit de se laisser porter, l’image est magnifique, le film est fort.
Ce film tourné à VIGO en Espagne est bien réalisé et est inspiré du vécu de la réalisatrice. La jeune actrice, Llucia GARCIA, qui interpréte le rôle principal, traduit bien, avec talent, sa quête pour retrouver ses origines biologiques en suivant le carnet de bord de sa mère disparue. On suit avec intérêt son parcours pour reconstituer le passé complexe et douloureux de sa famille d’origine.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 17/02/2026 au cinéma Le Balzac à Paris)