L’œuvre se heurte à une réception mitigée dès le départ : la comédie musicale pour laquelle je n’ai aucune affinité. Très vite, s’ajoutent un scénario truffé de facilités et d’invraisemblances. La première étant l’introduction de la trame scénariste symbolisée par la transition de genre, déployée d’emblée sans s’attarder sur l’histoire de Manitas. La réalisation d'Audiard, bien que visuellement soignée, ne parvient pas à produire de plans réellement marquants. Les personnages peinent à susciter de l’empathie, exception faite de la performance de Zoe Saldana notable lors des chorégraphies, qui se démarque dans un ensemble globalement moyen. Ce manque d’attachement, combiné à une narration qui peine à captiver, contribue à un sentiment d’ennui du début à la fin.
Le film explore la trajectoire de Manistas, devenu Emilia Perez, en tentant d’illustrer un parcours de rédemption par l’acceptation de soi. Cependant, cette transformation repose sur des stéréotypes archétypaux simplistes, soulevant des interrogations sur la possibilité d’un réel rachat moral après avoir commis l’innommable (crime, violence…). Pas étonnant que certains mexicains se soient sentis offensés. Emilia Perez incarne-t-elle une véritable quête de soi ou s’agit-il d’une solution narrative facile pour masquer des dilemmes éthiques et moraux plus profonds et que notre tête d'affiche tente de fuir ? A aucun moment n'est captée ou énoncée une once de culpabilité de sa part à l'égard des exactions commises dans le passé.
Le personnage de Zoe Saldana (Rita), avocate de profession, symbolise quant à elle une hypocrisie morale troublante. Bien qu’elle soit lucide sur sa capacité à maquiller la réalité et ses manipulations lors des plaidoyers, elle sombre sans remise en question dans ce qu’elle méprise chez les autres et ce qui la dégoûte chez l'Homme. Ce comportement contraste avec une éventuelle posture morale qu’on attendrait d’une avocate cherchant à servir la justice. Dichotomie pouvant être analysée comme une critique de la profession juridique, où l’art de persuader prime parfois sur la vérité, l'aliénation au discours dominant - le capitalisme, révèle son incapacité à s’en détacher et à questionner l'impact moralement discutable de ses choix.
Le film propose plusieurs niveaux de lecture intéressants, notamment autour de l’idée de réalité maquillée, qu’elle soit littérale, par la transformation physique d’Emilia, ou symbolique, par les discours trompeurs (de l’avocate, d’Emilia vis-à-vis de son ex-femme). Mais c'est tout. Les thèmes abordés, bien qu’intéressants sur le papier, manquent de profondeur dans leur traitement.
Le film rate là où sa force se trouvait : dans sa capacité à critiquer la société contemporaine, en particulier ses normes sociales, sexistes, ou encore l’égoïsme inhérent à la logique capitaliste. Sa critique reste superficielle et opportuniste, semblant davantage surfer sur les tendances politiques actuelles sans véritable exploration ou nuance.
Malgré ses ambitions thématiques et esthétiques (oui, Audiard a un vrai talent de mise en scène), Emilia Perez ne parvient ni à émouvoir, ni à captiver. L’absence d’un véritable ancrage émotionnel ou réflexif réduit son impact, laissant une impression diffuse d’ennui. Ce décalage entre les intentions affichées et leur exécution affaiblit l’ensemble, renforçant l’idée d’une œuvre bien trop prétentieuse.