Voilà un film de studio virtuose; au scénario abracadabrantesque, que les soucieux de réalisme passent donc leur chemin et ça tombe bien, il puise son imaginaire dans cette partie du monde où s'enracine le réalisme magique de Garcia Marquez à Allende, en remontant vers le nord, au long du chemin du trafic de stupéfiants jusqu'à Mexico, où se tient l'action principale. De ce point de vue, tout devient plus crédible.
Et le point de vue, chez Jacques Audiard, c'est important.
Une vue de Mexico, avec ce que cela entraine de zones urbaines saturées, de cartels de trafiquants, de couleurs, de métissages et d'accents mêlés. Mais les plans sont souvent resserrés sur les personnages, on aperçoit un marché ou deux, quelques paysages extraits... Pour des raisons techniques, de studio, de moyens, Audiard se transforme comme le personnage d'Emilia, se renouvelle et adapte son style, avec ici,
Une vue sous influence telenovelas dit-on (j'ai vu le film tard et n'ai pu échapper ignorer toutes les critiques du film...), cs sopa-opéra latins.... Well eh bien si formellement des codes apparaissent chez les figurants et certains cuts, le mélo a toujours fait partie du cinéma d'Audiard, avec ses émotions exacerbées, ses hooks un peu gros et un premier degré souvent à la limite du gênant mais débordé au final par l'énergie de son bouillonnement vital. Une énergie qui, quand elle rencontra une histoire plus intime et personnelle chez son auteur pour équilibrer son rythme, a donné des miracles: De battre mon cœur s'est arrêté, Un héros très discret, Un prophète. Une énergie qui est peut-être ce après quoi le réalisateur court, par crainte d'avoir tout dit, notamment dans le thème, récurent dans son œuvre, qui suit,
Une vue du métissage, presque parfait. Presque,oui, car pour les locuteurs hispanophones, l'accent forcé du personnage de Séléna Gomez et le chant en espagnol de la chanteuse Camille, pourront heurter l'écoute. La musique originale composée avec Clément Ducol est vraiment très réussie, et on comprend l'intention de Camille, dans sa vision artistique, de rapprocher son œuvre des chants en espagnols habitués à cette infinité de modulations pour exprimer les émotions que l'artiste explore depuis ses débuts, avec aussi son travail sur le corps. Mais en espagnol, son chant sans accent véritable quand il n'apparait pas très français, dégage une froideur métallique, d'une technicité irréprochable, mais en contraste marqué avec des traditions et imaginaires.
Pourquoi pas, la licence artistique doit être libre. Mais je serai curieux des réactions à cet égard dans les pays concernés. Ce contraste est particulièrement audible après les parties chantées de Zoé Saldana, une révélation.
Enfin, il est parfaitement possible que les pays hispaniques embrassent ce film quoi qu'il en soit. Car Audiard ne manque pas de panache avec ce film hybride, dont l'audace formelle maitrisée compense allègrement la légèreté de son scénario, de la même façon que ses actrices compensent par leur incarnation celle de leurs personnages. Son originalité invite au voyage, sans jouer la carte postale.