Edward Berger livre avec Conclave un thriller politique aux ambitions affichées, porté par un casting prestigieux et une direction artistique soignée. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans l’atmosphère feutrée et solennelle du Vatican, où se joue une bataille d’influences dissimulée sous des apparences de ferveur religieuse. La mise en scène joue intelligemment avec les espaces confinés et la photographie appuie habilement la tension qui règne dans cette lutte de pouvoir entre cardinaux.
Si la reconstitution du conclave est convaincante, le film souffre néanmoins d’un certain déséquilibre. La narration, malgré un postulat captivant, s’étire parfois inutilement et s’égare dans des sous-intrigues qui peinent à maintenir une tension constante. Les dialogues, bien que globalement bien écrits, tombent parfois dans une solennité un peu excessive, donnant au film un rythme irrégulier. L’intrigue avance par à-coups, alternant entre des moments de grande intensité et d’autres où le scénario semble hésiter sur la direction à prendre.
Le film bénéficie néanmoins d’un atout de taille : Ralph Fiennes. Dans la peau du cardinal Lawrence, il livre une performance nuancée, jouant sur un registre allant de l’autorité froide à une introspection plus tourmentée. Face à lui, Stanley Tucci et John Lithgow assurent une présence solide, bien que leurs rôles manquent parfois de profondeur. Sergio Castellitto incarne un Tedesco imposant mais trop schématique dans son positionnement, rendant son personnage prévisible. Isabella Rossellini, dans un rôle plus secondaire, insuffle une humanité bienvenue dans ce cadre austère.
Malgré un départ prometteur, le dernier acte du film peine à pleinement convaincre. L’accumulation des révélations finit par affaiblir l’impact de l’intrigue principale, donnant un sentiment de résolution précipitée. Certains retournements de situation, bien que surprenants, semblent plus guidés par un désir d’étonner que par une logique narrative implacable. Ce manque de rigueur dans l’écriture empêche le film d’atteindre une véritable puissance dramatique.
Conclave est donc un film indéniablement bien réalisé, porté par des performances solides et une direction artistique soignée. Il propose une immersion intrigante dans les coulisses du pouvoir religieux, mais souffre d’un scénario inégal qui dilue son impact. S’il réussit à captiver par moments, il ne parvient pas toujours à maintenir la tension et l’efficacité dramatique qui auraient pu en faire un grand thriller politique. Une œuvre intéressante, mais imparfaite.