A priori, ce "Conclave" avait de quoi séduire : un film qu'on présentait comme un sérieux candidat aux Oscars, un "thriller" dans les entrailles du Vatican, un univers fascinant et mystérieux... Et au final, c'est plutôt un pétard mouillé. Le rythme est lent, l'ennui nous gagne et il n'y a pas grand-chose pour nous sortir de notre torpeur ou pour éveiller notre attention. Le film n'a de "thriller" que le nom, on ne frissonne pas, il n'y a pas vraiment de suspense. L'idée du réalisateur était de créer la tension avec l'élection d'un nouveau pape semée d'embûches, mais force est de constater qu'il n'a pas réussi son pari. L'attentat qui se produit au milieu du film laissait présager un tournant plus palpitant, malheureusement ça retombe comme un soufflé, car il s'agit là d'un événement périphérique qui n'a que peu d'incidences sur l'histoire. Quant aux rebondissements par rapport à l'élection du nouveau pape, ils ne sont guère excitants, certains sont même tout à fait attendus et s'enchaînent le plus platement du monde.
On se rend vite compte que chaque candidat sérieux sera évincé à cause d'un faux pas ou d'un scandale, et que c'est bien l'outsider Benitez qui accédera aux plus hautes fonctions de l'église catholique
.
Et bien entendu, c'est grâce à un joli discours plein de bons sentiments que cet illustre inconnu arrive à convaincre les cardinaux de le choisir, alors que ceux-ci privilégiaient jusque-là le candidat le plus réactionnaire du lot.
Pas crédible pour deux sous. Quant au rebondissement final, s'il est inattendu (et peu crédible), il ne change pas grand-chose au résultat final. Arrivé à la fin du film, on se dit "tout ça pour ça", avec le sentiment irritant d'avoir gaspillé 2 heures de sa vie.
Et c'est dommage, parce qu'il y avait pourtant du bon dans ce film. Visuellement, le film est une vraie réussite. Les décors, les costumes et la photographie sont magnifiques. J'étais particulièrement séduite par cette atmosphère sombre et pesante, cet esthétisme qui fait la part belle aux tons rouges. Quant aux acteurs, ils sont excellents. On a beaucoup parlé de Ralph Fiennes, même si personnellement, j'aurais aimé le voir proposer un tout petit peu plus que sa mine désespérée, qu'il traîne tout au long du film. Tous les cardinaux sont parfaits, avec une mention spéciale à Stanley Tucci, particulièrement convaincant et juste dans son rôle de candidat plus progressiste à la personnalité néanmoins ambivalente. John Lithgow est criant de vérité dans un rôle plus en retenue, et le "méchant" cardinal réac est tout aussi épatant. Quant à Isabella Rossellini, elle délivre, elle aussi, une performance de haut vol.
Au niveau de l'histoire, il y a tout de même des éléments qui retiennent l'attention, en particulièrement le processus d'élection du pape qui est très intéressant à découvrir. J'ai beaucoup aimé suivre les différents tours de votes et voir comment les voix se reportent sur un candidat ou un autre,
et comment Lawrence, le personnage joué par Ralph Fiennes, en vient à voter pour lui-même malgré ses réticences à devenir pape
. Par ailleurs, la question de la foi et les interrogations de Lawrence donnent de la profondeur au personnage et nous font réfléchir sur les doutes qui peuvent naître chez les hommes d'église.
Il est aussi très intéressant de voir les jeux de pouvoirs qui se mettent en place, les ambitions des cardinaux qui se font jour, au moment où le poste suprême de l'église catholique est à repourvoir. Ce n'est pas forcément joli à voir, mais cela nous plonge dans une réalité qui n'est pas toujours fidèle aux préceptes religieux.
Enfin, autre bon point : la musique est extrêmement bien pensée et s'accorde à la perfection aux différentes scènes du film, sans être dérangeante.
Au vu de tous ces éléments positifs, on peut regretter à juste titre que l'on n'ait pas eu droit à un scénario digne de ce nom, mis en place avec une réalisation captivante, rythmée et convaincante.