Le projet est né pendant le confinement du COVID-19. Ido Fluk, réalisateur israélien, s’est replongé dans l’histoire fascinante du Köln Concert, le disque solo de piano le plus vendu de tous les temps. Il a alors découvert la figure oubliée de Vera Brandes, la plus jeune productrice de concerts d’Allemagne, âgée de seulement 17 ans en 1975. Ne pouvant tourner ni voyager librement, Fluk a rédigé son scénario comme une partition de jazz : instinctive, libre, pleine de silences et de ruptures. Il l’intitule alors KÖLN 75 – improvisé en mots par Ido Fluk.
Ni Keith Jarrett ni ECM Records n’ont voulu s’associer au film. Leur refus a été une contrainte majeure — mais aussi une opportunité. Fluk et son équipe ont dû contourner l’impossibilité d’utiliser la musique du Köln Concert, et ont choisi de centrer le récit sur Vera, et non sur Jarrett. Cela a rendu le film plus original, évitant l’écueil du biopic musical classique, et déplaçant le regard vers les coulisses.
La véritable Vera Brandes était presque introuvable. Elle avait disparu du monde de la musique, vivant désormais en reclus. L’équipe l’a finalement retrouvée sur une plage grecque. Elle a été touchée par le fait que son histoire allait enfin être racontée, et a collaboré à distance avec l’équipe.
Le concert original a eu lieu à l’Opéra de Cologne, mais celui-ci était en rénovation depuis des années. L’équipe a donc tourné à Łódź, en Pologne, dans un théâtre au charme ancien. Ce changement de lieu a imposé des ajustements constants : réécriture quotidienne des scènes, adaptation du découpage, et un tournage presque aussi improvisé que le concert de Jarrett lui-même.
Mala Emde (Je suis ton homme) a été choisie pour incarner Vera adolescente. Fluk la décrit ainsi : "Quand elle entre dans une pièce, on le sent immédiatement. Elle est intense, présente, une lionne". Pour Vera adulte, l’actrice allemande d’origine tunisienne Hiam Abbass incarne la version plus mûre du personnage, pleine de retenue et de force intériorisée.
Dans le film comme dans la réalité, un détail fait basculer l’histoire : le piano livré à Jarrett était un modèle quart de queue en très mauvais état. Ce n’était pas celui qu’il avait demandé. Fatigué, souffrant du dos, Jarrett voulait annuler. C’est Vera qui l’a convaincu de jouer. Le reste appartient à la légende. Cette anecdote est un pilier du film.
Plutôt que de glorifier l’artiste, Au rythme de Vera met en avant une jeune fille tenace, invisible dans les livres d’histoire de la musique. Il s'agit en quelque sorte d'un biopic inversé : pas une fresque égo-centrée sur un génie, mais une plongée dans les coulisses, centrée sur la passion, la foi en l’art, et la détermination.