Les Feuilles mortes
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Arthur Debussy
Arthur Debussy

189 abonnés 772 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 29 octobre 2023
« Les Feuilles mortes » de Kaurismäki me fait penser à un autre film actuel d’un grand réalisateur : « Perfect Days » de Wim Wenders. Hasard ou pas, ce sont tous deux des films typiques de ces cinéastes, chacun avec cette esthétique particulière qui a fait leur marque de fabrique. Les références aux années 1950-1960, ce goût pour les cadrages fixes, les plans colorés, un humour noir et sarcastique qui cache une véritable humanité, pour Aki Kaurismäki. Et un goût pour la liberté et l’errance, des vues urbaines directement inspirées d’Edward Hopper, les rapports entre adultes et enfants, ou encore un tropisme pour le Japon chez Wim Wenders, grand admirateur d’Ozu. D’ailleurs, tous deux sont de grands cinéphiles et de grands amateurs de rock, ce qui fait décidément beaucoup de coïncidences… Mais bref, je résume rapidement, ce sont deux très grands artistes dont le cinéma est bien plus riche que cela, bien sûr.

Or leurs deux derniers films ont en commun de prêter attention à des personnes ordinaires, à travers une histoire d’une grande simplicité. Des films « simples », pourrait-on dire au premier abord, avec une esthétique que l’on reconnaît immédiatement… Il en faudrait peu pour se retrouver en terrain connu et accuser ces deux cinéastes de facilité ou de faire du surplace… Mais chacun à leur manière, ils se sont renouvelés avec leur dernier (et brillant) essai. Qui sont bien plus riches que ce que leur simplicité apparente laisse penser.

Et surtout, ils montrent que dans le monde mécanique, froid, déshumanisé d’aujourd’hui, ce monde très dur, plus encore en cette période où les guerres prolifèrent de nouveau, de manière inquiétante… ce qui reste à la fin, c’est le lien humain. Qu’il s’agisse d’affection, d’amitié ou d’amour. Ce lien, si fragile, qui nous unit à nos semblables.

Et c’est tout le propos des « Feuilles mortes ». On peut clairement ranger ce film dans la catégorie des comédies romantiques, mais c’est une comédie romantique très originale, « à la Kaurismäki ». Grand cinéphile, le réalisateur finlandais connaît par cœur les codes du genre. En effet, il y a souvent un côté méta chez Kaurismäki, secondé par plein de références cinématographiques, qui rendent ses films très ludiques, tout en rendant un hommage sincère aux grands maîtres du septième art. Et il se plaît à jouer avec ces codes, mais toujours avec ce côté décalé qui n’appartient qu’à lui : les péripéties qui nourrissent un amour contrarié et font durer le suspense, la musique lyrique et langoureuse dès que l’amour s’éveille, la musique (drôlement) triste quand nos amoureux s’éloignent… Et puis les rendez-vous galants : au karaoké (sic), au café, chez soi… Ainsi, on ne peut que fondre pour nos deux personnages principaux : le tourmenté Holappa et la courageuse Ansa, qui forment un couple merveilleux.

Mais ce qui fait la grandeur du cinéma de Kaurismäki, malgré ce goût pour la « petite forme » (ou plutôt grâce à ce goût), c’est qu’il met l’être humain au centre. Il dépeint la vie de gens comme vous et moi, et il s’intéresse vraiment à eux : à leurs métiers, à leur quotidien, à leurs manies, à leurs qualités et leurs défauts. A leurs pensées, à leurs espoirs et leurs déconvenues. A la façon dont ils ont besoin les uns des autres. C’est cela qui est profondément touchant. On peut se reconnaître facilement dans ces personnages, très finement écrits. Et Kaurismäki nous offre de beaux portraits de personnages, magnifiquement imparfaits.

En outre, il utilise un grand nombre de plans pour montrer le travail éreintant d’Ansa, d’abord au supermarché, sous la coupe d’un petit chef exécrable, agent inflexible d’un système absurde qui broie les personnes. Puis dans un bar, à la plonge. Ou encore à l’usine, en manipulant des pièces lourdes ou des matières toxiques. De même pour Holappa, qui s’use à travailler sur des chantiers en étant payé une misère. Le cinéma de Kaurismäki a beau être très esthétisé, il a toujours les pieds sur terre et possède un côté profondément social, et même politique. Qu’il s’agisse de dénoncer l’hypocrisie de nos sociétés néolibérales ou la guerre en Ukraine.

Malgré cela, malgré le côté parfois noir et désespéré de son cinéma, malgré son minimalisme et ces sentiments retenus, Kaurismäki filme comme personne ses acteurs. Avec leur jeu réduit à l’essentiel, mais toujours juste, il suffit d’un regard, d’un visage qui s’illumine, d’une attitude, d’un geste… d’un sourire… pour que l’on soit touché directement au cœur, chaviré par cette bouleversante humanité. A ce titre, je ne peux que rendre hommage à Alma Pöysti (Ansa) et Jussi Vatanen (Holappa), qui sont formidables.

Comme le disait Léonard, « la simplicité est la sophistication suprême ». Avec « Les Feuilles mortes », et après avoir annoncé qu’il arrêterait de tourner des films – fort heureusement il a changé d’avis – Aki Kaurismäki prouve qu’il est en pleine possession de ses moyens et nous livre-là un petit chef-d’œuvre qui vient éclabousser de sa grâce le cinéma contemporain. Nous montrant que les maîtres comme lui ont encore beaucoup de choses à nous dire et à nous montrer, pour notre plus grand bonheur.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 7 janvier 2024
Magnifiquement mis en lumière, ce nouvel opus du cinéaste finlandais Aki Kaurismäki est typique de son univers qui offre des cadre et des décors très travaillés, des silences assumés et de petites touches burlesques. Il nous embarque ici dans le quotidien d’un homme et d’une femme vivant péniblement de petits boulots, qui vont se rencontrer à plusieurs moments de leur existence par le hasard des circonstances. À la fois poétique et très ancré dans son temps, Les feuilles mortes se vit à son rythme, avec une douceur mâtinée de mélancolie. Quelques très beaux moments musicaux.
In Ciné Veritas
In Ciné Veritas

108 abonnés 922 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 9 octobre 2023
Aki Kaurismäki a réalisé une vingtaine de longs-métrages pour le cinéma en l’espace d’une quarantaine d’années. Si au siècle dernier, ses réalisations nous parvenaient en flux régulier et assez soutenu, force est de constater que ses nouveaux opus se raréfient. Dès lors, la sortie en salle d’un nouveau film du cinéaste finlandais s’apparente désormais à un évènement. Celle de Les feuilles mortes est à promouvoir d’autant que ce film a été le lauréat du prix du jury lors du festival de Cannes 2023. En cela, il donne une suite à L’Homme sans passé récipiendaire du grand prix du jury de l’édition 2002 du même festival. Aujourd’hui, l’art cinématographique de Kaurismäki touche à la perfection. Les feuilles mortes vaut pour modèle (de simplicité) d’écriture tant sur le plan du schéma narratif que de la mise en scène. Les messages portés passent subtilement par les détails pour ceux qui y prêteront attention. L’œuvre est tout à la fois simple, délicate et sensible. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2023/10/09/les-feuilles-mortes/
Marc L.
Marc L.

68 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 13 mars 2025
Même s’il n’est plus aussi actif que dans ses jeunes années, Aki Kaurismäki conclut ici sa trilogie du prolétariat, dont le dernier segment, ‘La fille aux allumettes”, remonte à plus de trente ans. ‘Les feuilles mortes’ est une oeuvre modeste, consciemment naïve, une romance (un peu) contrariée entre une jeune femme et un jeune homme dans des situations précaires plus ou moins assumées, dans un Helsinki réduit à quelques environnements industriels ou, au contraire, d’une artificialité de maison de poupée. La critique sociale étant implicite, il n’y a pas grand chose, dans ‘Les feuilles mortes’, qui sorte des sentiers battus si ce n’est son empreinte culturelle. Je ne parviens toujours pas à déterminer si Kaurismäki exagère un naturel national à des fins burlesques ou s’il reproduit fidèlement la banalité du quotidien dans son pays…mais de nombreux éléments (volontairement? Involontairement?) humoristiques proviennent de cet esprit éminemment “finlandais” : l’économie de dialogues, l’humour pince-sans-rire, un rendez-vous amoureux pratiquement monosyllabique, des bars à karaoké où des gens immobiles boivent en silence,....le monde de Kaurismäki semble peut-être encore plus artificiellement agencé (et beaucoup, beaucoup plus froid) que celui de Wes Anderson, tout en suscitant une véritable curiosité pour cette terra incognita nordique, qu’on ne voit pas si souvent dans ses habits de tous les jours.
fabrice d.
fabrice d.

44 abonnés 1 882 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 mars 2026
Ce film est très singulier, et pour plusieurs raisons. Premièrement c'est un film finlandais et c'est pas tous les jours qu'on peut en voir un. Deuxièmement, c'est très lent, pas vraiment poétique pour autant, mais plutôt "brut de décoffrage" et ça change pour une comédie soit disant romantique. Tous les deux sont ouvriers ou dans la classe sociale basse. Ils sont tous les deux gauche aussi au possible. Mais il forme un couple intéressant qu'on a envie de connaitre et découvrir. Lui ne se cache pas pour boire et c'est un énorme fléau je crois dans les pays scandinaves. Elle, de son côté, ne semble pas avoir de vice ou défaut. Elle est juste banale. Ils vont au cinéma et le réalisateur en profite pour faire une apologie du cinéma qu'il aime bien et il y a beaucoup de vieux films et pas mal de films français. Ce n'est pas un film qui fait rêver mais c'est un film qui change de ce qu'on a l'habitude de voir. Un film qui peut aussi rappeler ceux des frères Dardenne.
Guillaume LR
Guillaume LR

43 abonnés 157 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 17 février 2024
Elle est seule. Elle est fauchée. Il est seul. Il a un penchant pour l’alcool. Ils vont se rencontrer, ils vont s’aimer. Ou pas...
Le pitch est vu et revu. Une histoire d’amour comme tant d’autres. Mais c’est plus que ça. L’esthétique globale, presque théâtrale dans ses lumières, décors, plans fixes, mais aussi les visages fermés voire inexpressifs des personnages qui jalonnent l’histoire, tout nous fait penser que les feuilles mortes, c’est chacun d’entre nous dans notre société déshumanisée et déshumanisante, capitaliste, consumériste. Chaque plan est un tableau où l’absurde des situations vient se confronter à un cadre technique parfait. Mais du coup, personnellement, j’ai eu du mal à m’attacher aux 2 personnages principaux. C’est peut-être voulu, ces personnages sont tout le monde et personne à la fois. A noter, un hommage appuyé de Kaurismaki à Chaplin, jusque dans le plan final.
Goéland
Goéland

39 abonnés 199 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 septembre 2023
A Helsinki, de nos jours, avec la guerre en Ukraine en arrière-fond, un homme et une femme, plus très jeunes, enchaînant petits boulots et chômage, se rencontrent et associent leurs solitudes. L’un est porté sur la bouteille, l’autre s’attache à un aimable chien.
Les cadrages, les couleurs, les décors sont typiques des films de Kaurismäki. Le rythme est assez lent, les dialogues sont erratiques mais l’histoire va crescendo vers une fin émouvante. Certaines scènes sont très drôles. Les deux personnages principaux, tellement peu sûrs d’eux, sont attachants et leurs deux compères, un homme et une femme plus âgés, sont des seconds rôles épatants.
Certains plans sur des usines ou des quartiers d’Helsinki la nuit sont magnifiques. Les références faites à Chaplin, Tati ou autres ne sont pas évidentes. C’est du pur Kaurismäki. Même ceux qui n’en sont pas fanatiques apprécieront.
BLS Moviedebrief
BLS Moviedebrief

33 abonnés 302 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 7 octobre 2023
"Prix du Jury à Cannes 2023
Vu à Deauville dans le cadre du Festival du film américain qui montre les films primés à Cannes
On a là un vrai film de cinéma, où chaque image est léchée, ou un tas de référence à d'autres films apparaissent. Si les personnages sont un peu ""joués"", on est embarqué dans l'histoire de ce couple plutôt taiseux , pauvre mais toujours soignés, que le sort semble s'acharner à éloigner. Tout cela sur fond de guerre en Ukraine

Pourquoi Y Aller
Pour la poésie de ce mélange de désespoir et d'humour, on aime suivre ces deux-là qui avancent courageusement dans leur vie malgré leur difficultés
Pour la qualité de l'image
La musique, parfois kitsch, est elle aussi très réussie

Pourquoi Ne PAs Y Aller
On peut passer à côté de l'histoire et s'ennuyer si l'on ne s'immerge pas dans cet univers de Kaurismäki
Stéphane R
Stéphane R

28 abonnés 486 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 29 juin 2024
Pur Kaurismaki, le charme est toujours là. Mais la trame est quand même bien légère, ce qui peut s'avérer un peu décevant
Philippe A.
Philippe A.

20 abonnés 91 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 5 novembre 2023
Je trouve le film désuet et caricatural. Désuet car tout fait vieux alors que le film est contemporain (avec la guerre en Ukraine en toile de fond). Caricatural car les Finlandais sont présentés comme froids et incapable de communiquer. Les cinéphiles avertis vont néanmoins apprécier des références subtiles à d'anciens films français et à Chaplin.
Pseudofile
Pseudofile

14 abonnés 507 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 11 mars 2024
Une chronique sociale qui joue sur l'ambiguïté, pour nous dresser un portrait de la société finlandaise en un film hélas trop court (à peine 1H20). D'un coté on y décrit des gens solitaires et taciturnes qui au bas de l'échelle socio-professionelle sont exploités sans vergogne par une société libérale aussi avide que mesquine et d'un autre coté, un pays qui fait la part des choses en ce qui concerne la dépendance aux technologies toxiques et à la modernité forcée. Les gens ont un smartphone mais échangent leurs adresses sur un bout de papier. L'internet est quasiment absent du film qui fait la part belle aux retransmissions radiophoniques sur des appareils au design et aux performances obsolètes, pourtant ce qui y est dit est raccord avec la date de sortie du film et on comprend que le sujet ressassé soit une préoccupation pour la Finlande comme el devrait l'être pour le monde encore libre mais de moins en moins. De même les décors, le mobilier se réfèrent à un univers disparu depuis longtemps, à moins qu'en Finlande... Alors réalité ou parti-pris esthétiques et idéologiques? N'empêche que voilà que nous est décrit un pays intriguant que je ne manquerai pas de vérifier par moi-même à l'occasion.
Dommage tout de même ce déséquilibre entre l'homme qui porte tous les vices de la déchéance (tabagisme et alcoolisme, plus absentéisme, égoïsme...) et la femme qui semble faite de toutes les qualités (responsable, mesurée, sobre...). Mais c'est aussi une histoire sur l'espoir issu d'une rencontre fortuite qui fait que le désir d'être ensemble triomphe de toutes entraves. Ambigu donc, presque un conte sous sa forme austère et rugueuse.
Damien Vabre
Damien Vabre

187 abonnés 488 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 28 octobre 2023
Un homme, une femme. Tristesse, précarité et solitude. Beaucoup d'alcool pour lui et d'ennui pour elle. La guerre en Ukraine à la radio. Un humour finlandais bizarre. L'amour, peut-être. Un plan final d'une grande banalité. Prix du Jury au Festival de Cannes.
Aubert T.
Aubert T.

143 abonnés 159 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 novembre 2023
L'impassibilité - habituelle chez Kaurismäki - des personnages n'est pas un obstacle à l'expression de la mélancolie, de l'espoir et celle, in fine, de l'émotion,, dont se film regorge tellement. De plus, le film a l'élégance d'être assez court (01h20.)
Du Kaurismäki pur jus, et très concentré. Grand film.
Cadreum
Cadreum

60 abonnés 779 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 22 juin 2024
Au cœur de l'existence moderne et solitaire, le film explore la quête incessante des liens humains. Par son décor minimaliste et austère, accentue la solitude de ses personnages.

Les dialogues, épurés à l'extrême, laissent une place prépondérante au silence, faisant de chaque mot un événement et où les silences sont tout aussi significatifs que les rares échanges verbaux.
christophe D10
christophe D10

33 abonnés 975 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 24 mai 2024
Un film un peu déroutant, avec une atmosphère assez spéciale, un jeu d’acteurs plutôt bizarre et une mise en scène qui manque de rythme.
Ce n’est pas dénue de qualités, mais je n’ai pas vraiment accroché et je me suis plutôt ennuyé
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