Jubilatoire
En 2019, Judith Davis m’avait surpris et séduit avec le ton provocateur et l’humour décalé de son Tout ce qui me reste de la révolution. La revoilà avec ces 107 minutes de comédie bien déjantée. Jeanne quitte quelques jours le stress de la vie urbaine pour aller voir sa grande amie Elisa, récemment installée à la campagne. Au cœur des bois voisins, un château abandonné devenu tiers-lieu, foisonne d’initiatives collectives. Elisa aimerait s'y investir, mais entre biberons et couches lavables, elle n'en a pas le temps. Jeanne, en militante des villes, n'y voit aucun intérêt. Quant à Amaury, promoteur en hôtellerie de luxe, le château, lui, il veut l'acheter. Tous trois convergent malgré eux vers ce lieu d’entraide et de subversion... Mais combien de temps cet asile d’aujourd’hui pourra-t-il résister à ce monde de fou ? Moi, j’aime ça ! C’est provocateur, politiquement incorrect, - tout le monde en prend pour son grade -, et surtout très drôle. Allez, tous à l’asile !
En écrivant sa pièce Encore plus, partout, tout le temps, Judith Davis a eu l’idée de ce film en puisant dans les thèmes de la maternité, de l’écologie et des réflexions psychologiques. Entre Peau d’âne et un foyer de jeunes travailleurs, l’HP – qui, ici, signifie « hospitalité permanente » -, est une sorte de rêve éveillé, un lieu qui se tourne du côté des rejetés, des hors-normes, des larmes, des femmes, des pauvres… qui veut créer un droit d’asile nouveau. Pour le tournage, elle a eu un coup de cœur pour un château abandonné dans laquelle la nature reprenait ses droits et l’a choisi. Une chance, puisque juste après, ledit château a été racheté pour en faire un hôtel de luxe – sacré clin d’œil au scénario -. Foutraque et jubilatoire, une comédie de mœurs très enlevée qui vous fait sortir de la salle avec le sourire aux lèvres et le joie dans le cœur. Que doit-on espérer de mieux dans notre société morose et anxiogène ?
Comme dans son 1er film, Judith Davis tient un rôle important de catalyseur et « passe les plats » avec humour à ses comparses, Claire Dumas, Maxence Tual, Simon Bakhouche, Nadir Legrand, Mélanie Bestel, avec lesquels elle avait fondé en 2019 le collectif l’Avantage du doute. Un collectif bien huilé qui s’amuse et nous amuse tout en osant le mélange entre comédie satirique et de tendresse pour la sincérité de ces combats, tout en imaginant une utopie capable (???) de mettre tout le monde d’accord. La cinéaste et scénariste réussit son pari même si elle se perd parfois à vouloir traiter autant de sujets différents. Une comédie burlesque et engagée ? C’est possible !