Bonjour L’Asile a été présenté en compétition officielle au Festival International du Film indépendant de Bordeaux et y a remporté le prix de la meilleure musique originale.
Bonjour L’Asile est le deuxième long-métrage réalisé par Judith Davis, après Tout ce qu’il me reste de la révolution, en 2019. Sa première expérience lui a permis de fonder le collectif "l’Avantage du doute", composé de Simon Bakhouche, Maxence Tual, Nadir Legrand, Mélanie Bestel et Claire Dumas, les acteurs de Bonjour L’Asile et qu’elle connaît depuis 17 ans.
Alors que le collectif écrivait sa pièce Encore plus, partout, tout le temps, Judith Davis a eu l’idée de Bonjour l’Asile en puisant dans les thèmes de la maternité, de l’écologie et des réflexions psychologiques. La réalisatrice a ainsi mené les deux de fronts pendant plusieurs mois.
Avec sa co-scénariste Maya Haffar, Judith Davis a créé "L’HP", un lieu associatif d’hospitalité permanente, comme elle l’explique : "La proposition est du côté des rejetés, des hors-normes, des larmes, des femmes, des pauvres… Pour qui le film rêve un droit d’asile nouveau". Elle définit l’endroit comme étant entre "Peau d’âne et un foyer de jeunes travailleurs".
Judith Davis a mis beaucoup de temps avant de trouver le lieu adéquat en pleine forêt pour y poser sa caméra. Il s’agissait de trouver un bâtiment qui n’avait pas été impacté par le tourisme. Elle a alors eu un coup de cœur pour un château abandonné dans laquelle la nature reprenait ses droits et l’a choisi. Une chance, puisqu’après le tournage, le château a été racheté pour en faire un hôtel de luxe.
Judith Davis et sa co-scénariste Maya Haffar ont puisé dans de nombreuses références pour nourrir le film, notamment dans la culture populaire, s’agissant des rites, des carnavals ou du travestissement. La réalisatrice a également emprunté à son collectif de théâtre sa manière d'utiliser le jeu pour exprimer les maux du monde. La façon qu'a la ZAD de parler du sacré à travers l'humour a aussi été une source d'inspiration pour elle. Selon la cinéaste, Bonjour l'Asile émane autant des Maîtres fous de Jean Rouch que d'Alice aux Pays des merveilles.
Si l’HP apparaît au premier abord comme un terrain de bouffonnerie et de déraison, Judith Davis a voulu au contraire qu’il agisse comme un miroir révélateur de vérité, comme "une photo argentique", selon ses propos.
Elsa Dray-Farges a réalisé les oeuvres d’Élisa, notamment pour le générique de fin et s’est inspiré pour cela des tableaux de Goya ou Bosch. De son côté, le chef opérateur Tom Harari a puisé dans l’imaginaire du peintre James Ensor et son Carnaval des fous pour figurer l'HP.
Judith Davis a privilégié un découpage avec des plans longs, afin de laisser la caméra tourner pour permettre de créer une complicité entre les acteurs. De même, le décor de la maison d’Élisa et Bastien a été choisi de manière à ce que la cuisine et la salle à manger forment une sorte de scène et de coulisses contiguës. Enfin, la réalisatrice a usé de travelling avant et de zooms autonomes pour mettre davantage en avant le discours subversif de Jenny.
Pour le personnage de Moussa, la costumière Marta Rossi l’a transformé en "dieu-Deliveroo" en cousant une grande cape vert électrique à son sac à dos. Cela renvoie selon Judith Davis à "l’homme-serpillère", inspiré d’un homme de ménage italien du XIXe siècle, qui récupérait les fils des torchons usés avec lesquels il se confectionnait des habits d’empereur.