Préalable : depuis Bela Lugosi, les films de vampires fonctionnent toujours de la même façon, Le vampire est méchant mais il est néanmoins charmant, quelque part on l'aime bien, ce qui n'est pas le cas du tueur de vampire qui lui nous agace. On retrouve ce schéma chez Browning, puis chez la Hammer mais aussi chez John Badham, Francis Ford Coppola ou Roman Polanski… et ça marche ! .Ceux qui ont voulu faire du vampire un personnages véritablement horrible et dérangeant ont échoué (Werner Herzog). Faire de Pinochet un vampire c'est faire disparaître tout le côté grand grandguignolesque de la mythologie vampirique. L'erreur est fondamentale et plombe tout le film. Pour le reste, le choix du noir et blanc apparaît davantage comme un coquetterie qu'autre chose (du genre attention : je vais vous pondre un film d'auteur). Techniquement ça ne vole pas très haut, on doit se taper une overdose de champ/contrechamp longs comme des jours sans pain, la seule touche de lumière étant apportée par l'actrice Paula Luchsinger. Quant à l'intrigue elle manque cruellement d'intérêt. En fait on croit deviner l'intention de l'auteur, dénoncer la dictature de Pinochet en mode fiction… et vous croyez que ça va marcher ? J'en doute.
Depuis quelques années, la plateforme au N rouge accueille de grands auteurs contemporains, parfois très anciennement installés (Scorsese, les frères Coen, ...) et leur déroule un tapis tout aussi rouge pour faire un peu comme la concurrente Apple (moins Prime pour parler des trois plus célèbres). Et c’est gagnant-gagnant puisque cela lui permet de gagner en prestige avec des films plus pointus et pouvant prétendre à des récompenses lors de la saison des remises de prix tout en élargissant la cible de ses abonnés. Et en même temps, lesdits réalisateurs peuvent avoir carte blanche et aller au bout de leur vision ou délires sans entrave des studios traditionnels. Le problème est que parfois ces films sont presque des fantasmes qui ne feront bander que leurs créateurs et laisseront beaucoup de monde sur le carreau. On pourrait même avancer que ces essais sont rarement les meilleurs films de leurs auteurs en témoignent, par exemple, le fastidieux « Mank » de David Fincher (clairement son moins bon film) ou le pompeux « Bardo » d’Alfonso Cuaron, tous deux en noir et blanc. Comme ici avec « Le Comte » de Pablo Larrain qui se situe dans la même vibe que les deux cités précédemment mais qui nous a davantage conquis sans pour autant nous transcender. Il y a quelques exceptions qui confirment la règle puisque le magistral « Marriage Story » de Noah Baumbach figure lui comme le meilleur film de son auteur et de loin.
Le cinéaste chilien de plus en plus reconnu sur la planète du septième art est pourtant capable lui aussi du pire (le glacial, neurasthénique et certes clivant « Jackie » ou l’exsangue et peu emballant « Ema ») comme du meilleur (le tétanisant « Le Club » ou le spectral « Spencer » qui revisitait intelligemment le mythe Diana par le prisme du fantastique). Sa filmographie revisite l’histoire de son pays et/ou d’une personnalité telle que Jackie Kennedy, Lady Di et Pinochet donc ici. Ce premier opus pour une plateforme de streaming cristallise ses deux obsessions et se situe dans un entre-deux qualitatif où, pareillement, les fulgurances en tous genres côtoient les postures auteuristes ennuyantes et prétentieuses.
Déjà l’idée est quelque peu hasardeuse et étrange. En effet, Larrain propose une relecture biographique de l’illustre dictateur Augusto Pinochet qui a régné durant plus de deux décennies sur son pays. Jusque-là rien de bizarre mais il en fait un vampire dans une fable allégorique et politique sous forme d’uchronie gothique. Oui tout ça! Et le résultat est tout aussi étrange et rare que son énoncé. Ajoutons à cela un noir et blanc de toute beauté qui fait flirter cette œuvre avec les vieux films de monstres de la Hammer et vous obtiendrez l’un des long-métrages les plus branques de cette année 2023. Mais la proposition regorge de qualités comme cette sublime introduction qui voit ce bon vieux Pinochet naître durant la Révolution française et grimper les échelons jusqu’à notre époque. Il y vivrait encore en attente de mourir et las de mordre les humains pour la vie éternelle entourée d’une famille d’opportunistes. Une voix off très utile et au timbre singulier dont on vous laisse découvrir l’énorme surprise derrière renforce l’effet de fable et permet des clés de compréhension sur la satire en place plutôt bienvenues. Mais cette voix est aussi une surprise en forme d’incursion hybride et historique qui confinerait au ridicule dans d’autres circonstances ou au sein d’une autre uchronie. Dans ce cas-ci, elle s’apparente à du génie ici et nous gratifie d’un dernier acte de haute volée, c’est le cas de la dire. Cependant, le film est parfois trop bavard et se pare de nombreuses longueurs en plus d’être souvent abscons et excessivement baroque dans sa symbolique pour qui ne connaît pas l’histoire du Chili par cœur. En revanche, impossible de ne pas louer la beauté sculpturale des images de ce conte baroque dont la maestria visuelle est indéniable. A voir pour les cinéphiles adeptes d’expériences bizarres...
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Un sacré délire magnifié par cette photographie N&B et des musiques originales virtuoses! Et cette histoire fantasmée d'un vampire français PINOCHE contre-révolutionnaire, qui s'abreuve du sang de Marie-Antoinette et qui participe aux différentes révolutions (Haïti, Algérie et bien entendu CHILI) est littéralement incroyable! Et tout est délire : la nonne enquêtrice exorciste comptable, les enfants héritiers assoiffés d'argent, des angles de caméra osés, les chorégraphies de vols de vampires,... Et Margaret THATCHER qui s'invite au bal pour le twist final.... Cela décoiffe morbleu!
Comment meurent les crevures? Difficilement, d'autant plus quand elles sont des vampires et que leurs progénitures n'en peuvent plus t'attendre leurs héritages alors qu'elles n'ont pas la vie éternelle. Dans cette farce macabre plutôt inattendue et originale mêlant burlesque et film de genre, Pablo Larrain règle ses comptes aux années sombres de son pays. Et la photographie en noir et blanc est de toute beauté.
Ce Comte ne manque pas de qualités, à commencer par une superbe photo en noir et blanc. Le scénario est loufoque, mais habile. Hélas, ce film est beaucoup trop long et trop répétitif. Avec un peu plus de rythme et d'humour, la satire du sinistre dictateur serait mieux passée. Ceux qui l'ignoraient découvrent que le tyran sanguinaire était aussi un escroc. Mais la liste détaillée de ses forfaits n'ajoute rien. En revanche, la chute est excellente. Résultat mitigé donc...
Après «Spencer» et «Jackie», le réalisateur chilien Pablo Larrain, adepte des biopics prends avec «El Conde» - son nouveau film disponible sur Netflix- le contrepied de son art en faisant du diacteur chilien Pinochet un vampire qui souhaite mourir paisiblement. Anti-biopic par excellence mais sincère réflexion sur le temps qui passe et véritable satire politique «El Conde» brouille les pistes pour mieux surprendre et questionner son spectateur. Si le scénario semble prometteur (Larrain ayant reçu un prix à la Mostra de Venise pour son écriture), le concept intéressant, une fois transposer sur la pellicule c’est assez creux, trop long par moment et inutilement gore. La photographie en noire et blanc est une bonne idée et elle est plutôt pas mal mais mal exploiter. Il en va de même des acteurs qui sont bons mais auraient pu être meilleures. La narration est la seule chose qui passe bien plus ou moins. Bref, «El Conde» est un sympathique délire mais pas incroyable non-plus. On en sort globalement mitigé – ce qui est assez dommage – tant Larrain arrive d’ordinaire à nous offrir de superbes beau récit. Puis tant qu’à faire un film sur Pinochet pourquoi ne pas avoir choisit de faire un vrai biopic. Je suis sûr qu’il y aurait eu beaucoup de choses intéressantes à dire et cela aurait sembler même beaucoup plus pertinent. La pire proposition faite en matière de "biopic" depuis le Marie-Antoinette de Sofia Coppola en 2006.
Le Cpmte de Pablo Larraín semble accréditer, une fois de plus, la thèse qui veut que les films d'auteur siglés Netflix sont presque toujours décevants et loin du (haut) niveau moyen des réalisateurs concernés. Connu avant tout pour sa trilogie consacrée à la dictature chilienne, avec notamment l'indispensable No, avant de signer des biographies plus impersonnelles mais brillantes, Pablo Larraín s'attache donc ici à la figure de Pinochet, transformé pour l'occasion en vampire plus que bicentenaire. Étrange idée, qui s'appuie sur un noir et blanc somptueux, et rembobine une existence fictive, commencée sous Louis XVI, où la comédie noire côtoie l'horreur, avec quelques images gore à la clé. L'exercice de style, même avec sa révélation finale savoureuse, semble tout aussi vain que souvent fastidieux, avec sa voix off britannique envahissante, à partir du moment où le grand absent du film est le peuple chilien, lui-même. C'est entendu, le cinéaste a déjà traité le sujet de cette façon dans ses premiers long-métrages mais il est loin d'être épuisé (voir le récent Chili 1976) et une autre vision aurait été plus adaptée, à l'heure de l'anniversaire du coup d’État de septembre 1973. Le cinéaste a préféré un portrait fantaisiste de la vampire espèce qui soit, le choix est pour le moins curieux, mais en cohérence avec sa liberté de créer et de fantasmer.