Après le remarquable Tu mourras à 20 ans et le somptueux Goddbye Julia, la renaissance du cinéma soudanais, certes lente et difficile, après des années de silence forcé, se confirme avec Cotton Queen, premier long métrage de Suzannah Mirghani. Tourné en Égypte, pour cause de guerre civile au Soudan, le film évoque trois générations de femmes, de la matriarche à l'adolescente, au sein d'une plantation de coton menacée par le projet d'un homme d'affaires, partisan de cultures génétiquement modifiées. Cotton Queen tisse des liens entre ses personnages féminins et d'autres avec le colonialisme historique, qui revient sous un autre visage, économique. Le film n'est pourtant pas sombre, au contraire, souvent bercé de poésie, de musique et d'insouciance, avec une pincée de réalisme magique et la présence constante d'un humour léger. Le combat d'une jeune femme qui n'entend pas céder aux injonctions, résonne ainsi comme un motif d'espoir, en dépit de traditions ancestrales heureusement en déclin (l'excision) et d'un néo-libéralisme cupide. Cotton Queen, superbement mis en scène, dévide une histoire de résistance et de courage, avec les armes de la jeunesse, de la pureté et de la fierté. Il y a quelque chose de noble et de puissant dans cette vision.
Jolie fable sur la résistance des femmes, contre les "progrès" technologique dangereux (OGM et intrants chimiques), contre les mariages arrangés et, historiquement, contre l'excision. Mais les générations se succèdent et se heurtent. Si Nafisa adore sa grand-mère, elle refuse en fin de compte de se laisser instrumentaliser par cette dernière. La scène des marionnettes qui accuse les grand-mères d'avoir "cousu" les filles est un virage vers la méfiance de Nafisa envers sa grand-mère, même si elle se gardait déjà bien de lui obéir... On pourrait avoir une lecture anti-coloniale du film, mais les britanniques ne sont en fait qu'un repoussoir très romanesque utilisé par la grand-mère. La fable est aussi bien sûr très écolo, hymne à la culture bio (le coton de la grand-mère, pur) et opposition à la culture industrielle et au mercantilisme... LE FILM SERA PROJETÉ AU FESTIVAL VISIONS D'AFRIQUE, à Oléron en opcobr 2026