Il existe des films qui, par leur atmosphère et leur ambition, parviennent à toucher quelque chose de profond en nous, même lorsqu'ils trébuchent en chemin. Sans jamais nous connaître, dernier opus d'Andrew Haigh, appartient à cette catégorie. Une œuvre qui oscille entre le drame intime et la fable surnaturelle, portée par une photographie léchée et une performance d’acteur remarquable, mais qui laisse malgré tout une sensation d'incomplétude.
Dès les premiers instants, Sans jamais nous connaître nous plonge dans un Londres brumeux, presque spectral, où Adam, scénariste solitaire incarné avec brio par Andrew Scott, mène une existence en apesanteur. Son quotidien est bouleversé par la rencontre d’Harry (Paul Mescal), un voisin aussi charismatique qu’énigmatique. En parallèle, Adam revisite son passé de manière littérale en retrouvant ses parents morts, dans ce qui semble être un dialogue entre les regrets et l’acceptation. Cette construction scénaristique, qui mêle les strates du réel et de l’irréel, rappelle les récits d’outre-tombe les plus fascinants, mais manque parfois de la finesse nécessaire pour pleinement émouvoir.
Il est indéniable que le film brille par sa mise en scène. Haigh, connu pour son regard délicat sur l’intimité, capte ici les silences et les regards avec une rare élégance. Les couleurs tamisées, les éclairages naturels et les plans contemplatifs confèrent au film une texture onirique, parfois sublime. Il est également impossible d’ignorer la qualité du jeu d’Andrew Scott, dont l’interprétation habite chaque scène avec une vulnérabilité maîtrisée. Paul Mescal, quant à lui, apporte une intensité magnétique, bien que son personnage manque de développement pour vraiment résonner au-delà de l’effet immédiat.
Mais si l’ambiance est travaillée et la photographie magnifique, Sans jamais nous connaître souffre d’un certain hermétisme. Son rythme lent, assumé mais parfois étouffant, freine l’émotion brute qui aurait pu en faire une œuvre bouleversante. Le film préfère la subtilité des non-dits, mais tombe parfois dans le piège du flou, refusant d’ancrer ses thématiques avec la précision nécessaire. L’idée d’explorer la mémoire, la solitude et la quête d’amour perdu est puissante, mais l’exécution laisse un sentiment d’inachèvement, comme si le film était resté en surface de ses propres promesses.
Le dernier acte, en particulier, ne parvient pas à transcender le récit, malgré des scènes touchantes. La révélation finale, bien que surprenante, ne bénéficie pas d’une montée en tension suffisamment maîtrisée pour en faire un moment marquant. C’est un film qui séduit par fragments, mais peine à laisser une empreinte durable.
En somme, Sans jamais nous connaître est une œuvre techniquement aboutie et artistiquement audacieuse, mais qui aurait gagné à davantage d’équilibre entre contemplation et narration. Il est fascinant par instants, frustrant dans son ensemble, et laisse une impression mitigée qui oscille entre admiration et retenue.