Un tsunami intérieur ! Le meilleur film, et de loin, que j'ai pu voir sur la difficulté de vivre en tant que gay, de s'accepter soi-même pour sortir d'une demi-vie en suspension, solitaire, et vivre pleinement dans le vrai monde, souvent peu tolérant. L'acceptation bienveillante de sa famille et de ses proches facilitant cette acceptation de soi-même, Adam (extraordinaire Andrew Scott) fera un voyage introspectif vers son enfance blessée
et rencontrera les fantômes de ses parents décédés (ses deux parents sont morts dans un accident de voiture lorsqu'il avait 12 ans)
. Il fera son coming out auprès de sa mère (Claire Foy) qui se montrera dans un premier temps assez distante. Puis il exprimera ses traumatismes d'enfance auprès de son père (Jamie Bell), qui fera preuve de compréhension et de regrets de ne pas l'avoir alors soutenu.
Dans une touchante scène de séparation définitive entre Adam et les fantômes de ses parents
, lesdits parents lui témoigneront enfin, ce qui semblait impossible au début du film, compréhension, acceptation de son homosexualité, fierté, et l'engageront à oser vivre son amour pour Harry, aux "yeux si tristes".
Harry (Paul Mescal, tragique) est le voisin un peu pommé d'Adam, également solitaire et "sorti du cadre" familial, que ce dernier rejettera dans un premier temps, au début du film, enfermé dans sa propre peur de vivre. Au fur et à mesure de ses voyages introspectifs vers son passé et de son acceptation de lui-même, Adam entamera une touchante relation avec Harry, d'une délicatesse rare à l'écran.
On aurait pu vouloir un happy end, mais le twist final, déchirant, était à mon avis nécessaire. La découverte du cadavre de Harry, permet d'achever la thématique du film relative à l'acceptation de soi-même pour pouvoir vivre enfin, car malheureusement cette acceptation de soi est impossible pour certains. Harry, double tragique d'Adam, rejeté par ses parents et par Adam, insupportablement seul, n'a lui pas réussi à vivre. Le dialogue entre Adam et le fantôme d'Harry ("tu es ici, avec moi"), qu'on aurait ô combien voulu rétrospectivement qu'il se soit déroulé au début du film, nous enjoint à oser vivre, oser aimer, ne pas fermer notre porte
.
Je crois que tous les hommes gays seront bouleversés par ce film, surtout ceux de la génération X, dont je fais partie, étant né la même année que le réalisateur, Andrew Haigh. Chaque séquence du film m'a terriblement touché. La scène finale est bouleversante. Merci, Andrew Haigh, d'avoir si bien parlé de nous !