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2,5
Publiée le 27 mars 2023
Après avoir appris que son fils est à l'hôpital suite à une agression, Irina se rend à son chevet et se lance dans une quête de la vérité sans savoir qu'elle va être prise dans un tourbillon médiatique qui va la dépasser. Cette femme ukrainienne, qui est dans un processus de naturalisation, vit dans une société qui discrimine les réfugiés tandis que les Roms vont eux aussi en prendre pour leur grade, car certains membres qui habitent le même immeuble qu'Irina vont être accusés d'être les responsables de l'attaque. Si le titre n'a pas de point d'interrogation, on se demande qui est vraiment la victime dans cette affaire. Entre l'emballement médiatique et la récupération politique, cette histoire va faire plus de dégâts que solutionner des problèmes. "Obet" est intéressant, mais il manque quelque chose. Michal Blasko expose les faits et montre les dérives, mais sans creuser. L'histoire de Jakub Medvecký comprend même une seconde intrigue sur Irina qui cherche à ouvrir son salon de coiffure. On s'en moque un peu et le temps utilisé à cela aurait pu servir à autre chose. De plus, je n'ai jamais réussi à m'attacher aux personnages. Bref, un film qui aurait pu être bien mieux.
Le premier long-métrage du Slovaque Michal Blaško se déroule dans une petite ville de la République Tchèque mais il pourrait se passer à peu près partout, là où les relents de nationalisme et donc de xénophobie ont de plus en plus pignon sur rue. Au départ du film, une agression d'un garçon ukrainien perpétrée possiblement par des membres de la communauté rom. Et un mensonge qui va avoir des conséquences, dans un enchaînement de situations incontrôlables, récupérées par l'opinion publique et la sphère politique. Pour montrer l'air vicié du temps et la montée des intolérances, le réalisateur tisse une toile qui enferme les deux personnages principaux, une mère ukrainienne en attente de régularisation et son fils molesté, à partir du moment où il leur faut choisir une voie dont ils pourront tirer profit mais qui n'est pas nécessairement conforme à leurs propre morale. Victim ne s'impose pas comme une thèse sur la dérive des sociétés occidentales mais comme un récit riche en ambigüités où une décision peut changer des destins individuels et susciter une agitation collective. Michal Blaško, qui s'est fait la main sur plusieurs courts-métrages, très remarqués, et sur de nombreux épisodes de séries télévisées, maîtrise à la perfection la tension et le rythme de ce thriller psychologique et sociétal qui confronte chacun à ses propres valeurs et contradictions.
Un film qui sonne très juste sur le thème de la fausse victime. Mais c'est si réaliste et si sobre que ça en devient un peu plat et triste. On imagine ce qu'aurait pu faire d'un tel sujet le cinéma italien des années soixante-soixante-dix, par exemple un réalisateur comme Dino Risi, qui aurait y apporté humour noir et truculence. Kundera et Milos Forman y auraient sans doute ajouté une chute plus originale et peut-être féroce. Mais contentons-nous de ce que nous avons : Obet reste un très bon film qui jette un éclairage sur la montée de la xénophobie en République tchèque.