« Nous voulions faire un film qui pose des questions plus qu’il ne donne de réponses. Ce qui nous intéressait, c’était la complexité des enjeux. Nous voulions créer des personnages qui font de leur mieux tant chez les patients que chez les soignants mais dans un cadre institutionnel qui n’empêche pas que la violence soit là », affirment les réalisateurs. Ceux-ci tenaient à ce que le spectateur se fasse sa propre idée de ce qui était juste selon les différentes situations, sur comment préserver la dignité de chacun dans un tel cadre, ou sur comment aider quelqu’un qui ne souhaite pas l’être. Le duo ajoute : « Le film ouvre ces questions sans chercher à trancher. Il explore les zones grises : entre protection et contrainte, engagement personnel et responsabilité professionnelle. »
Au bord du monde est né du témoignage d'une amie commune des deux réalisateurs, infirmière dans une unité psychiatrique fermée, qui leur a partagé son quotidien et ses conditions de travail. Touchés par ce qu’elle vivait, Sophie Muselle et Guérin Van de Vorst ont d’autant plus ressenti l’urgence d'aborder la question de la santé mentale dans un contexte post-Covid, où de nombreux jeunes se retrouvent en souffrance psychique.
Au bord du monde s’inscrit dans la continuité du travail de Sophie Muselle et Guérin Van de Vorst. Ce dernier a mis en scène des personnages marginaux dans tous ses films, « cherchant à définir à quelles conditions on fait partie de la société ou non, comment on se débrouille quand on en est exclu, et comment les questions morales se posent alors. » Quant à sa comparse, elle est psychologue, en plus d’être autrice et metteuse en scène. Après plusieurs années de travail en hôpital psychiatrique en Arménie, elle a fondé la troupe L’Appétit des Indigestes, pour laquelle elle écrit et met en scène des spectacles autour de la folie et de la normalité avec des personnes ayant un vécu psychiatrique, et elle supervise des équipes en santé mentale. Elle a ainsi une connaissance concrète de ce qui est représenté dans le film.
Outre l’expérience de Sophie Muselle en tant que psychologue dans un hôpital psychiatrique, Au bord du monde est nourri par l’immersion qu’a vécue Guérin Van de Vorst dans l’unité fermée d’un service psychiatrique, en amont du tournage.
C’est en assistant à l’un des spectacles de Sophie Muselle que Guérin Van de Vorst lui a proposé d’écrire un film ensemble. Lors de cette étape, il leur est apparu naturel de se lancer dans la réalisation à deux. Ils racontent : « Le film s’est construit dans un dialogue constant. Nos parcours sont différents, mais aucune décision n’a été prise seul. Il y avait une véritable circulation des idées, une recherche commune de justesse. Cette complémentarité a nourri le film à toutes les étapes : écriture, préparation, tournage et post production. »
Les réalisateurs ont privilégié la forme du plan-séquence car ils tenaient à faire ressentir au spectateur l'enfermement et la perception du temps propre à l'hôpital psychiatrique. Il fallait que Au bord du monde soit comme une expérience physique.
Ce choix a représenté un défi pour les acteurs, qui se sont retrouvés à devoir tourner sans coupe, comme s’ils jouaient sur une scène de théâtre : « Cela crée chez les acteurs une tension et une fragilité précieuse pour le film car elles faisaient écho à ce que vivaient leurs personnages. »
Sacha Deprez, qui joue la jeune patiente, n’avait jamais tourné de film auparavant. Mais elle a su impressionner les réalisateurs par sa force et sa justesse lors du casting. Ce n’est que plus tard qu’elle leur a appris qu’elle connaissait le milieu psychiatrique de l’intérieur et qu’elle avait vécu dans sa vie certaines des situations qu’elle avait eues à jouer.