Il y a dans The Alto Knights le souhait de croire encore au mythe des hommes en costume trois-pièces, à la violence aux atours de velours. Barry Levinson, guidé par la plume de Nicholas Pileggi, convoque le grand cinéma mafieux avec la conviction nostalgique d’un vieux chef d’orchestre qui, face à une partition usée, essaierait de rejouer la musique de Scorsese, de Coppola, avec les instruments d’un temps qui n’écoute plus.
Le film s’ouvre pourtant avec une certaine assurance, posant les figures de Vito Genovese et Frank Costello comme deux visages d’un pouvoir mafieux en mutation. Mais très vite, la ligne se brouille, non pas tant parce que la narration serait volontairement complexe mais parce que le montage semble hésiter sur le point de vue, sur l’énergie même du récit. Les flashbacks s’enchaînent comme autant de césures dans un flux qu’on ne parvient jamais à saisir.
Le pari de confier les deux rôles principaux à Robert De Niro aurait pu être une fulgurance. Mais ici, tout semble rester en surface. La distinction entre Genovese et Costello ne repose que sur de minces variations de posture, quelques inflexions de voix, une différence de coiffure, comme si le film n’osait pas plonger dans le trouble identitaire que ce choix pouvait faire naître. Ce qui devait créer une dialectique se contente d’un artifice, et l’on en vient à guetter les effets de maquillage plus que la tension dramatique.
C’est peut-être cela, au fond, le mal de The Alto Knights : un film hanté par l’idée même de son genre. Levinson ne filme pas une mafia, mais la mafia du cinéma : ses tics, ses silhouettes, ses formules, son folklore. Il y a bien un soin porté aux décors, aux costumes, à la lumière. Mais la reconstitution, ici, devient musée.
Même la violence, pourtant omniprésente, semble obéir à une logique illustrative plus que dramatique. On tue, on trahit, on complote parce que le genre le veut.
Et pourtant, malgré tout, on sent que Levinson, Pileggi, De Niro, tous savent que ce cinéma-là appartient déjà au passé. Alors the Alto Knights, malgré son échec, touche parfois à cela, la douleur douce d’un monde qui s’efface.