Faire rire avec des sujets graves n’est vraiment pas une chose aisée. C’est souvent un numéro d’équilibriste où l’on doit jouer avec la tonalité, le juste milieu entre pudeur et totale liberté ainsi qu’avec les limites du spectateur. Artus a réussi cet exploit avec son premier long-métrage qui a fait un carton au box-office, « Un p’tit truc en plus ». Sur le sujet du handicap, il parvenait à provoquer le rire sincère sans se moquer mais en riant avec ces personnes déficientes sur lesquelles il portait un regard plein de tendresse. Le film en lui-même n’avait rien de transcendant mais il procurait un moment de détente plein de bonnes ondes et il réussissait cet exploit rare et complexe.
Pour son premier film également, Rudy Milstein fait la même chose avec des sujets aussi graves que le cancer, les grandes entreprises alimentaires et les pesticides. Comme si ce n’était pas assez il ajoute à cela, des questionnements sur le mensonge, l’opportunisme, la manipulation et la morale avec un zeste de constat sur l’usure du couple. Tout cela dans un film. Un film qui est une comédie. Et une comédie drôle et réussie. Chapeau donc pour ce « Je ne suis pas un héros » qui se révèle une très bonne surprise.
Le quiproquo initial est assez banal : un quidam discret et invisible pour tous apprend qu’il a un cancer, l’annonce à tout le monde, devient le centre d’intérêt et puis on lui annonce que c’était une erreur alors il décide de continuer à jouer la comédie. Si le film est très drôle – on y reviendra – il est surtout très fin dans son analyse des mécanismes et raisons du mensonge, rendant le postulat de base prétexte à une belle analyse des rapports humains tout autant que des autres face à la maladie. Il nous fait donc nous interroger sur notre propre morale tout en nous faisant rire, ce qui est peu commun. En outre, il y a quelques belles diatribes bien écrites et pleines d’acuité sur ces multinationales sans vergogne qui nous empoisonnent; certes les piques sont faciles mais elles sont bien envoyées. Le regard du jeune cinéaste est juste sur tout, que ce soit le couple de parents qui ne s’aime plus ou encore le rapport des gens à la maladie, rendant le fond du scénario aussi pertinent qu’intelligent.
On retrouve cette manière de bien croquer les rapports humains, la société et ses thématiques dans l’écriture des personnages. Vincent Dedienne se glisse dans la peau d’un jeune homme candide, lunaire et maladroit avec beaucoup de facilité. On dirait que le rôle était fait pour lui et il sait rendre ce type parfois agaçant véritablement attachant. Et rarement on avait vu des seconds rôles aussi bien croqués et pas caricaturaux pour un sou dans une comédie française. Certes, ils sont drôles (la palme revenant au voisin victime d’un AVC et qui est devenu sans filtre avec les gens et sans émotions), mais ils sont surtout crédibles, humains et vivants. De Géraldine Nakache en activiste aigrie en passant par Isabelle Nanty en mère frustrée ou Clémence Poésy en chef de cabinet sans pitié, ils permettent au film d’être piquant, drôle et vrai.
Bien sûr, on est dans une comédie. Et à ce niveau aussi c’est réussi puisqu’on ne rit peut-être pas à gorge déployée mais on a droit à quelques échanges très amusants à base de répliques qui claquent, à des running-gags bien imaginés (le « tu te couches le soir » de Nakache vaut son pesant de cacahuètes) et des quiproquos vraiment excellents dignes des meilleurs vaudevilles. Alors, bravo à Rudy Milstein pour cet essai très convaincant et un script si audacieux qui nous faire rire avec le cancer et des sujets plus profonds que d’apparence. On passe un si bon moment qu’on lui pardonnera une forme assez classique et similaire, malheureusement, à celles des trois quarts des comédies françaises.
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