A Real Pain a des airs d'un Woody Allen du siècle dernier (cynique, toujours intelligent, sensible et pertinent, mais aussi un peu geignard), et peut compter sur la caméra de Jesse Eisenberg (qui se cherche encore, mais finira bien par se trouver, on le mise d'avance) et le jeu "Succession" (exactement le même) de Kieran Culkin (récompensé par un Golden Globes pour ce rôle, ce qui est plutôt surprenant, mais nous a offert un discours de remerciement déjanté qu'on ne regrette absolument pas). A Real Pain, donc, suit le parcours de deux cousins partant en voyage organisé pour retracer l'itinéraire de leurs grands-parents juifs pendant la Shoah, mettant les nerfs à rude épreuve, les questions éthiques sur le tapis (où se situe la frontière entre le tourisme malsain, l'hommage historique et le devoir de mémoire ?), et les amitiés en valeur (les deux cousins en profitent pour se faire des petits trips, et se disent tout entre deux rails...de coke, et de train aussi). Le film reste nonchalant, presque mollasson, et évidemment plaintif (ce que l'on a reproché à quelques Woody Allen), le jeu réchauffé de Culkin donne surtout envie de se refaire l'excellente série Succession, et on regrette un certain manque d'émotions (avec un sujet pareil). Certainement Eisenberg n'aura pas été à l'aise avec le fait de faire du pathos avec l'histoire de ses ancêtres, envers qui on sent un profond respect tout le film durant. Dans l'ensemble, c'est un élégant drame initiatique, mêlant petites histoires de famille et grande Histoire, qui peut compter sur la pertinence des questions qu'il pose sur notre rapport aux héritages culturels de nos ancêtres. Au road-trip voyageant sur les rails de train de l'Histoire, Eisenberg préfère les bad-trips sur les rails de coke, qui font ressortir les petites histoires. Intéressant.