En entrant dans la salle, je n'attendais rien de ce film, profitant seulement d'une séance à tarif réduit.
En sortant de la salle, je me félicite vivement de cette sortie imprévue mais ô combien mémorable.
Bien plus qu'un énième film sur la Shoah, "A real pain" se démarque des autres long-métrages par son parti pris d'évoquer le génocide au présent plutôt que de reconstituer le passé. Et cela, avec pudeur et sensibilité. Mais ce thème qu'on n'aura jamais fini d'aborder (et heureusement) n'est ici qu'un prétexte pour mettre en scène la complexité des relations humaines, avec soi, avec autrui mais aussi avec les morts. Cette évocation très subtile n'altère en rien l'émotion que suscite la visite de lieux symboliques, comme celle du camp de Majdanek (à la place du traditionnel Auschwitz). Mais la plus grande réussite de ce film est certainement son scénario avec un parfait dosage entre moments légers (souvent très drôles) et scènes plus tragiques. Et ce parti pris de l'humour, utilisé à bon escient, permet de ménager le spectateur sans porter préjudice à la mémoire transmise. Au-delà de ce sujet très sombre, la relation ambivalente qu'entretiennent les deux cousins est tout aussi émouvante. Traitée avec justesse, elle nous offre de beaux moments, marqués par le jeu sensible et tout en retenue de Jesse Eisenberg et surtout par la performance délicieuse de Kieran Culkin, dont l'apparente insouciance cache en réalité bien des fêlures... Si les deux personnages semblent un peu caricaturaux de prime abord, leur portrait s'affine au fil du voyage et bouleverse à de nombreuses reprises. En fait, si la souffrance semble échoir au seul Benji qui attire toute l'attention sur lui, elle est en réalité bien plus pesante pour David (voir l'affiche du film), personnage très effacé qui supporte avec pudeur le poids de son passé et ses propres blessures, mais aussi le mal être de son cousin qu'il aime profondément...
A la fin du film, étonnement, on en voudrait encore. Encore de cette humanité et de ce voyage qui nous a transporté, avec justesse, d'une émotion à une autre, d'une vérité à une autre. Parce que le présent ne comble pas le vide que le passé laisse en nous béant...