A Real Pain
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "A Real Pain" et de son tournage !

Une révélation

C'est durant un voyage en Pologne avec son épouse, Anna Strout, que Jesse Eisenberg a eu une révélation. Leur voyage de deux semaines à travers le pays l'a conduit à la maison de sa tante Doris dans le petit village de Kranystaw, où elle avait vécu avant que toute la famille ne soit déplacée lors de l'Holocauste. L'acteur-réalisateur s'interroge : "Si la guerre n'avait pas eu lieu, c'est ici que je vivrais. À quoi ressemblerait ma vie ? Qui serais-je ?" Vingt ans plus tard, il se retrouvait dans cette maison, mais cette fois pour le tournage de A Real Pain.

Une adaptation abandonnée d'une pièce de théâtre

À l'origine, Jesse Eisenberg a été tellement inspiré par son voyage en Pologne qu'il en a tiré une pièce, The Revisionist, qui a été jouée pour la première fois en 2013. Il y incarne un autre personnage que dans le film, lui aussi prénommé David, qui rend visite à sa cousine polonaise plus âgée, survivante de l'Holocauste, interprétée par Vanessa Redgrave. La pièce a été un succès, mais les tentatives d'adaptation en scénario n'ont pas abouti. Eisenberg reconnaît lui-même qu'elles étaient mauvaises mais il voulait vraiment écrire et tourner un film en Pologne. Finalement, il lui a fallu une quinzaine d'années pour trouver le bon récit, cette fois une histoire de cousins qui se déroule dans le cadre d'une visite de l'histoire du pays.

C'est un autre projet d'Eisenberg, et une autre tentative d'adaptation à l'écran, qui a fourni une autre partie essentielle de l'histoire. Quelques années plus tôt en effet, il avait écrit une nouvelle pour le magazine Tablet sur deux types qui partent en Mongolie : "l'histoire était très similaire à la dynamique de A Real Pain". Mais encore une fois, il n'a pas réussi à adapter cette nouvelle en film, et est tombé sur une publicité "fortuite et déprimante" qui proposait des "visites de l'Holocauste (avec déjeuner)".

Il explique : "cela m'a conduit à cette société qui annonçait un circuit à travers les sites de l'Holocauste en Pologne, mais avec tout le confort qu'un touriste américain de la classe moyenne supérieure souhaiterait avoir. J'ai lu l'annonce avec un mélange de crainte, de choc et de malaise à l'idée d'être l'une de ces personnes qui participeraient à un tel voyage et qui exigeraient leur confort tout en découvrant les horreurs de l'histoire de leur famille. Je me suis dit que c'était un cadre phénoménal pour ce film."

Inversion des rôles

Jesse Eisenberg avait prévu d'incarner Benji, un personnage à la fois charmeur et exaspérant. Il a écrit du point de vue de ce rôle, car "j'aspire à être quelqu'un comme lui. Quelqu'un de plus décontracté, de plus ouvert, qui vit l'instant présent, qui lutte contre la même dépression que moi, mais qui la gère de manière plus libre."

Une vraie douleur

Le personnage de David traverse une lutte intérieure, qui consiste en l'idée même de s'autoriser à lutter. C'est la raison pour laquelle le film s'intitule A Real Pain (Une vraie douleur en français), comme le développe le réalisateur : "Il s'agit de s'interroger sur ce qui est réel et sur ce qui est une douleur valable. Les troubles obsessionnels compulsifs de David sont-ils réels, même lorsque l'on visite des sites de génocide ? Le trouble anxieux général de David est-il réel et valable même si son cousin vit quelque chose de bien pire dans sa propre vie ? C'est la question que pose le film".

À contrecœur

Kieran Culkin venait de terminer de tourner la quatrième et dernière saison de Succession peu de temps avant d'enchaîner avec A Real Pain. Il affirme avoir fait "tout ce qui était en mon pouvoir pour ne pas faire ce film", mais a été trop séduit par le scénario. Il se souvient : "J'ai immédiatement pensé : 'Je sais qui est ce type, je sais que je peux jouer ce rôle. Je peux le faire'. C'est très, très rare que cela se produise".

L'acteur a même failli abandonner à quelques semaines du début des prises de vue, ne voulant pas être éloigné de sa femme et ses enfants. C'est finalement Emma Stone, productrice du film et ancienne compagne de Culkin dans les années 2010, qui a réussi à convaincre ce dernier. Il rapporte : "Elle m'a dit : 'Oh, je comprends tout à fait. Si j'étais toi, je me sentirais probablement comme ça'. Et j'ai dit : 'Mais est-ce qu'ils ont commencé à tourner ?'. Elle m'a répondu : 'Oh, oui. En fait, ils sont déjà en Pologne pour repérer les lieux de tournage ; des gens sont embauchés. Si tu ne le fais pas, tout le film s'écroule. Mais ce n'est pas ta responsabilité. Tu n'as pas à porter ce fardeau, tu fais ce que tu veux.' C'est comme si elle avait fait de la psychologie inversée".

La part d'improvisation

A Real Pain marque le premier rôle de Kieran Culkin depuis la fin de Succession. Il lui a fallu s'adapter au changement de rythme, car la production du succès de HBO imposait une cadence rapide, les scénarios changeaient d'un jour à l'autre et l'improvisation était encouragée. "Je pense que j'ai choisi de faire A Real Pain parce que le scénario était resserré. Il était parfait, il n'avait pas besoin de ma touche", déclare Culkin.

Sherri Berman et Robert Pulcini, réalisateurs sur Succession, avaient d'ailleurs dit à Jesse Eisenberg que Culkin était l'improvisateur le plus drôle qu'on puisse rencontrer. "Je leur ai répondu que ce n'était pas la nature du film, mais que je les remerciais de m'annoncer cette nouvelle sans importance, parce que je ne voulais pas changer mes dialogues", raconte le réalisateur. Mais lors du tournage d'une scène dans un parc, il a finalement encouragé l'acteur à improviser : "Je me suis dit : 'Oh, c'est un génie. Il est vraiment drôle et tellement intuitif'".

Un lieu chargé d'histoire

Jesse Eisenberg tenait à tourner dans de vrais décors en Pologne. Le plus compliqué a été de tourner dans l'ancien camp de concentration de Majdanek, situé à seulement cinq minutes du centre-ville de Lublin. Les producteurs polonais considéraient que cela était impossible, et ont suggéré de reconstruire les décors, ce qui était encore plus impossible en raison du budget modeste du film. Finalement, le réalisateur a réussi à contacter le personnel de Majdanek, aujourd'hui site historique : "Ils ont réalisé que c'était quelque chose que nous n'avions jamais vu auparavant. Le film se déroule à Majdanek, ce qu'aucun film sur l'Holocauste ne fait parce que personne ne le sait. Mais le mien s'y déroule parce que c'est de là que vient ma famille. Et ils ont dit, oh, c'est contemporain, et ça montre Majdanek tel qu'il est aujourd'hui".

Chopin

Jesse Eisenberg a décidé d'utiliser la musique de Chopin, lui-même polonais, pour accompagner A Real Pain. L'acteur-réalisateur avait d'ailleurs visité la maison du compositeur lors de son premier voyage en Pologne et avait intégré ses Nocturnes dans la conception sonore de sa pièce The Revisionist. Ainsi, la musique n'est pas là pour accompagner les émotions des personnages, mais "joue presque comme un commentaire en cours d'exécution. Elle donne au film ce ton sophistiqué et enlevé que j'ai trouvé très utile."

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