Rak est à la fois un film très personnel et un film très universel, un film qui, d’un côté, laisse une très grande place à l’émotion et qui, de l’autre, fait le constat amer du rôle de la médecine et de celui des médecins dans la France du début des années 70. En fait, Charles Belmont a ressenti le besoin de tourner ce mélange de cri d’amour et de cri de douleur et de révolte qu’est Rak lorsqu’un cancer a emporté sa mère en l’espace de 2 mois, alors que lui-même subissait le contre-coup de l’échec d’une comédie musicale qui n’avait pas pu se concrétiser. Avant l’arrivée de cette maladie chez la mère de David, il y avait sans doute de l’amour entre ce dernier et sa mère, mais de l’amour à bas bruit, sans grandes effusions, avec une mère qui n’avait jamais rien réclamé à son fils. Lorsque la maladie arrive, la mère continue de ne rien demander et, dans un premier temps, David, ne voit pas, face au comportement des médecins, ce que lui-même pourrait donner à sa mère. Lorsque sa mère est autorisée par le corps médical à rejoindre son domicile, il engage une infirmière pour s’occuper d’elle au quotidien. Ce n’est que lorsqu’il prend la décision de dire la vérité à sa mère sur son cancer que celle-ci va apparaitre comme s’ouvrant à la vie et que la relation qui la lie à son fils va devenir beaucoup plus fusionnelle, pleine de tendresse et de douceur. Il était arrivé à se persuader que les côtés positifs de la vérité allaient être plus importants que les éventuels côtés négatifs, les faits lui ont donné raison ! Un film très universel car il nous parle sans fard des relations entre médecins et patients, en France, au début des années 70 : un corps médical autoritaire fait de « sachants » loin de tout savoir mais ne souhaitant surtout pas partager ce qu’ils savent avec leurs patients, cachant la réalité de leur maladie à celles et ceux qui en souffrent, avec en son sein des « pontes » caricaturaux et traités comme tel dans le film, faisant leur visite quotidienne des lits de leur service, suivis par une horde d’adjoints et d’internes et sans montrer la moindre empathie envers les personnes hospitalisées. Dans une séquence intervenant comme un aparté, Charles Belmont évoque aussi certaines dérives de la médecine du travail et, surtout, introduit vers la fin du film, sous la forme d’un simulacre d’interview de David menée par Cécile, son épouse, une extraordinaire séquence de réflexion de 6 minutes sur ce qu’est la médecine comparée à ce qu’elle devrait être, « une médecine qui rafistole les gens juste assez pour les maintenir en état de produire et de consommer », sur une comparaison entre les méthodes médicales pratiquées en occident, axées principalement sur le curatif, ce qui permet au corps médical de rester en position de force, et celles pratiquées dans d’autre pays, mettant beaucoup plus en avant le préventif. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film.