Sur papier glaçant
C’est un peu méfiant, que je suis allé voir le nouveau film de Sofia Coppola. D’abord parce que ses dernières réalisations ne m’avaient pas franchement emballé, voire vraiment ennuyé, et aussi parce qu’elle a ce qu’on appelle « la carte » et qu’il est de bon ton de s’extasier devant les films de la fille du grand Francis Ford. 113 minutes plus tard, mon avis n’a pas changé, Sofia Coppola m’emmerde. Quand Priscilla rencontre Elvis, elle est collégienne. Lui, à 24 ans, est déjà une star mondiale. De leur idylle secrète à leur mariage iconique, Sofia Coppola dresse le portrait de Priscilla, une adolescente effacée qui lentement se réveillera de son conte de fées pour prendre sa vie en main. C’est beau comme un magazine de mode, froid comme la banquise – avant le réchauffement climatique -, impersonnel comme le discours d’un politique un jour d’inauguration d’une crèche, utile comme la pilule du lendemain pour les amish… bref d’un ennui profond.
Le spectateur s’ennuie presqu’autant que l’héroïne… et ce n’est pas peu dire. Après sa rencontre avec Elvis, dès son installation à Graceland, on lui offre un caniche et se trouve rabaissée au rang d’animal de compagnie. Le personnage du King est tellement outré dans la bassesse, la vulgarité et la beauferie qu’on a du mal à y croire. Mais miss Coppola a décidé de nous offrir – quel cadeau ! -, une version #Metoo des amours d’Elvis et de Priscilla. Le parti pris – influencé par une adaptation sans grand recul de l’autobiographie signée Priscilla Presley-Beaulieu -, est trop évident pour emporter les suffrages. Certes, le film, au demeurant très bien tourné avec un grand souci du détail, lève sans doute un certains nombres d’aspects restés jusque là dans l’ombre du mode fonctionnement d’un couple hors normes qui aura tout de même duré 10 ans !!! Le problème majeur dans ce biopic, c’est, même présentée comme une victime, on ne ressent aucune empathie avec cette enfant puis la jeune adulte et enfin la maman. La réalisatrice, longtemps maniériste, usant d’effets de flous, de scintillements et de jeux de couleurs, semble s’être débarrassée de la plupart de ses tics, mais sa fascination pour les gosses de riches reste chevillée au corps, et, je l’avoue, personnellement, je n’arrive que rarement à me passionner pour ses personnages. Un jour peut-être,,,
Cailee Spaeny a remporté la Coupe Volpi de la Meilleure actrice au Festival de Venise 2023. On ne peut que reconnaître la force de son interprétation. Face à elle, l’australien Jacob Elordi a à peu près le charisme d’un guéridon de chez Lévitan. Les autres, comme Dagmara Dominczyk ou Ari Cohen, ne font que de brèves apparitions. Quand on pense que voilà un film sur le couple Presley et qu’on n’entend pas une note de la musique de la légende du rock. Frustrant ! Mais s’il n’y avait que ça. L’inertie qui plombe les films de Sofia Coppola – certains diront qu’elle les sublime -, ne me stimule en aucun cas, et me terrasse totalement. Ce n’est que mon avis… et je le partage. Et vous ?