Le troisième volet de la saga X de Ti West avait toutes les cartes en main pour offrir une conclusion retentissante à l’odyssée sanglante de Maxine Minx. Mais là où X était un hommage habilement tordu aux films grindhouse et Pearl un conte macabre d’une ambition rare, MaXXXine s’égare dans les vapeurs de son époque et peine à trouver l’équilibre entre ses aspirations et son exécution.
Dès les premières minutes, le film nous plonge dans le Los Angeles de 1985, clinquant, vulgaire, où les illusions s’effondrent sous les lumières aveuglantes d’Hollywood. Maxine, survivante du massacre de X, tente de s’arracher à son passé sordide en décrochant un rôle dans un film d’horreur mainstream, mais la noirceur de son existence la rattrape. Un tueur mystérieux rôde, les fantômes du passé refont surface, et la ville elle-même devient un personnage aussi menaçant que fascinant.
Le principal atout du film réside dans l’atmosphère poisseuse que West parvient à distiller avec une certaine virtuosité. La photographie néon et les cadrages stylisés transpirent l’amour du réalisateur pour le cinéma des années 80. Chaque plan semble être une lettre d’amour au slasher de cette décennie, des films de Brian De Palma aux œuvres plus obscures du vidéoclub. À ce niveau, difficile de reprocher à MaXXXine un manque de style.
Mais sous cette carapace séduisante se cache un film qui peine à pleinement convaincre. Là où Pearl s’appuyait sur une écriture méticuleuse et une performance habitée de Mia Goth, MaXXXine s’abandonne à une intrigue désordonnée, enchaînant les péripéties sans parvenir à créer une montée en tension réellement efficace. Le mélange entre thriller hollywoodien, slasher, et satire du star-system donne un cocktail intrigant sur le papier, mais inégal à l’écran. L’intrigue policière manque de mordant, les personnages secondaires peinent à exister, et l’ensemble repose presque entièrement sur l’aura de Maxine sans jamais la faire véritablement évoluer.
Ti West semble avoir voulu livrer un conte cauchemardesque sur la célébrité, un film où l’ascension et la chute d’un personnage se mêlent au chaos d’un Hollywood décadent. Mais au lieu d’une épopée percutante, nous avons une œuvre qui, à force d’accumuler les références et les effets de style, manque d’impact émotionnel. La violence graphique, bien que soignée, n’atteint jamais la sauvagerie viscérale de X, ni la terreur latente de Pearl. Le tueur masqué, qui aurait pu devenir une icône du slasher, manque cruellement d’aura et de présence. Les meurtres, bien que bien mis en scène, peinent à véritablement marquer.
Et puis, il y a le final. Un climax qui se veut grandiose, apocalyptique, mais qui souffre d’une exécution trop alambiquée. La confrontation entre Maxine et son passé aurait pu être un sommet de tension, une explosion d’émotion et de violence. Mais l’écriture hésitante et le rythme en dents de scie empêchent toute véritable montée en puissance. On regarde, intrigué, mais jamais totalement emporté.
MaXXXine n’est ni un triomphe, ni un désastre. Il est techniquement abouti, visuellement accrocheur, et bénéficie d’une performance toujours solide de Mia Goth. Mais il lui manque ce supplément d’âme, cette cohésion narrative qui faisait de X un slasher nerveux et de Pearl une tragédie saisissante. Il veut être plus grand, plus intense, plus ambitieux, mais finit par être un peu trop hésitant, incapable de réellement frapper fort là où il le faudrait.
En sortant de la salle, on ne ressent ni l’euphorie d’un grand film, ni l’agacement d’un ratage total. Juste une impression d’inachevé, comme un spectacle de lumières qui ne parvient pas à masquer totalement ses zones d’ombre. Un film coincé entre son ambition et son exécution, qui fascine par moments, mais laisse aussi un léger goût d’opportunité manquée.