Réalisé par Kristoffer Borgli et porté par un Nicolas Cage étonnamment en retrait, le film part d’une idée absurde : Paul Matthews, professeur et homme banal, commence à apparaître dans les rêves de milliers d’inconnus. Borgli ne cherche pourtant jamais à expliquer ce phénomène, car ce n’est pas l’origine du mystère qui l’intéresse, mais ce que la société en fait.
Paul Matthews est ainsi conçu comme une anti-présence. Borgli filme un corps un peu voûté, une parole hésitante, une silhouette toujours légèrement en retard sur le monde. Cette banalité devient le point d’ancrage du dispositif fantastique : plus Paul est insignifiant dans la réalité, plus sa prolifération dans les rêves paraît étrange.
Très vite, Paul devient une curiosité médiatique. Interviews, analyses, stratégies marketing : sa présence onirique devient une ressource exploitable. Borgli pousse ici la logique contemporaine de l’économie de l’attention jusqu’à l’absurde : si l’attention est une monnaie, même les rêves peuvent être colonisés. Paul n’est pas célèbre pour ce qu’il fait, mais pour le simple fait d’occuper un espace mental collectif, comme une figure virale.
Puis les rêves se transforment. L’homme inoffensif devient soudain menaçant dans certains cauchemars, et l’opinion bascule. La fascination laisse place à la peur, la célébrité à la suspicion. Sans avoir rien fait, Paul devient le support d’un récit collectif qui le dépasse. C’est là que Dream Scenario touche juste : dans une culture dominée par la viralité, l’identité peut se détacher complètement de l’individu. Paul n’est plus un homme, mais une image « l’homme des rêves », puis « l’homme des cauchemars », sans jamais regarder celui qui, au réveil, doit continuer à vivre.