Film inséré dans une trilogie qui, d'après ce que j'ai pu entendre, traite du désir, de la sexualité, des différences sexuelles, des normes sociales, sans pour autant avoir un regard jugeant, normatif ou évaluatif vis-à-vis d'elles. N'ayant vu que Rêves, il serait difficile de le comparer aux deux autres, mais pour ce qui est de ce film, il suit le désir, dans son développement et sa description à posteriori, d'une adolescente pour sa professeure. Malgré la ligne scénaristique principale « malsaine » (puisque traitant du désir d'une ado envers une adulte, et comment ce désir peut être réciproque ou non), le film ne s'engage pas sur le terrain de la moral, et c'est une chose appréciable. Tout porte à croire que le désir est inaltérable, et son émergence ne peut être jugée quelque soit la personne vers qui il est dirigé. Plusieurs suites de séquences sont très belles, notamment celles montrant la quotidienneté de ce désir qui, alors encore inavoué et dont on ne sait s'il est réciproque, doit trouver satisfaction dans des actions banales (voir au loin la personne dont on est amoureux ; la croiser de manière anodine ; se balader près de chez elle...). Toutefois, l'ensemble du film, et donc aussi ces séquences décrites précédemment, sont enveloppées d'une voix off de la personnage principale, voix off illustrant les images qui nous sont montrées. C'est un peu là le soucis que j'ai avec le film. La voix off se veut trop illustrative, comme si elle prenait le pas sur les images et la mise en scène, comme si finalement, la mise en scène n'était que secondaire. Ou plutôt, à plusieurs moments, j'ai eu l'impression que le réalisateur avait peur à ce que la mise en scène ne puisse se suffire à elle-même, et qu'il fallait donc l'appuyer et la soutenir d'une voix off expliquant par la symbolique ce que la mise en scène était en train de montrer. Je prendrais pour exemple une séquence durant laquelle la personnage se décide à aller chez la personne pour qui elle a du désir afin de lui révéler son amour. Ainsi, elle rentre dans son immeuble et commence à gravir un ensemble d'escaliers, que la caméra filme en contre-plongée. Cette mise en scène très simple disait déjà tout (entre autre l'ascension de ces escaliers comme épreuve physique et psychologique par laquelle la personnage devait passer). Mais durant cette ascension filmée, le personnage (au travers de la voix-off) explicite qu'elle a l'impression de gravir une montagne. Ainsi, en tant que spectateur, tout devient limpide, explicite grâce (ou à cause) à cette voix surplombant les images. Le film ne nous donne pas l'occasion de ressentir et de décrypter la mise en scène, de voir la symbolique et d'y penser puisqu'elle nous est donnée comme vérité absolu. Si je vais au bout de ce raisonnement, j'ai la sensation d'être face à un cinéma où le spectateur n'a rien à faire, tout lui ai fourni. Comme si c'était un cinéma qui pouvait in fine se passer du spectateur, ou dont le spectateur n'était au final pas si important. En voulant tout m'expliquer, en voulant à tout prix m'inclure dans ce récit de vie en m'expliquant chaque sensation qui traverse la personnage afin que je ne sois jamais dans la confusion et l'incompréhension, j'ai plutôt l'impression qu'il m'exclut, qu'il n'y a aucune place à l'interprétation et à mes propres sensations. En plus d'être assez frustrant je l'avoue, je trouve aussi que c'est étouffant. Mon propre imaginaire n'a pas le temps de se développer qu'il est déjà écrasé par celui du personnage. Et lorsque cette voix off disparaît temporairement, c'est pour laisser place à des dialogues un peu lourd et très écrits.
Je finirais par dire qu'il y a quelques idées que j'ai trouvé intéressante :
- Le fait que la personnage écrit pour conserver une partie de son vécu, comme une capsule temporelle qui lui est dans un premier temps personnelle (puisqu'après elle va tenter de monnayer cet écrit) et qui est à la fois un refuge, une sublimation, une catharsis.
- J'aime aussi cette idée que monnayer son « art » et son vécu, c'est en quelque sorte s'en débarrasser, s'en séparer (le pervertir aussi on pourrait penser). C'est rendre public quelque chose de singulier et personnel.