C'est finalement la douceur qui frappe dans Je le jure, et en fait un film de procès semblable à aucun autre. Ici, il ne s'agit pas de savoir qui est coupable ou non, ni même vraiment quel sera le verdict. Se pose, plus subtile, plus humaine, et presque abyssale, la question de la possibilité de juger - un homme, en l'occurence - lorsque l'on est une autre personne humaine. C'est avec toute la sensibilité, la finesse, la douceur - encore, je ne trouve pas de meilleur mot - qui caractérise ses deux précédents films, Party Girl et Petite Nature, que le réalisateur Samuel Theis nous emmène dans les coulisses d'une Cour d'assises. Seule institution en France où de simples citoyens, certes accompagnés de trois magistrats, mais surtout livrés à leurs doutes, leur inexpérience, leur sentiment d'illégitimité, écrasés par le poids d'une responsabilité qu'ils n'ont pas demandée, doivent décider du sort de l'un d'entre eux. En nous montrant toute la palette des réactions du groupe de jurés, mais aussi en se focalisant sur l'un d'entre eux (interprété par Julien Ernwein, exceptionnel), le film montre, par petites touches délicates, l'air de rien, sans jamais démontrer, comment cette aventure, au départ subie, consistant à poser son regard sur la vie d'un autre, peut changer celle de celui qui regarde. Un bijou d'humanité, à ne pas manquer.