La vendetta permanente
J’aurais bien voulu aimé 1er long métrage de Julien Colonna. Mais voilà, si la mise en scène est réussie et le montage nerveux, je n’ai pas supporté le thème central du scénario. Corse, 1995. Lesia vit son premier été d’adolescente. Un jour, un homme fait irruption et la conduit à moto dans une villa isolée où elle retrouve son père, en planque, entouré de ses hommes. Une guerre éclate dans le milieu et l’étau se resserre autour du clan. La mort frappe. Commence alors une cavale au cours de laquelle père et fille vont apprendre à se regarder, à se comprendre et à s’aimer. Certes, ces 108 minutes nous parlent des relations père / fille, mais le contexte – déjà exploité voire essoré par le cinéma français -, de la guerre des gangs, de l’amitié virile entre les truands, et de la « vengeance est un plat qui se mange froid » m’a gâché mon plaisir.
Plus caricatural, tu meurs ! Les hommes, taiseux comme il se doit, entre deux grandes étreintes viriles et les éternelles tapes dans le dos, font la gueule en permanence avec l’air convenu de ceux qui portent de lourds secrets et passe leur temps à préparer le meurtre suivant. Les femmes font de la figuration. Elles ont le droit de se taire, d’attendre ceux qui reviennent vivants et de pleurer ceux qui ne reviennent pas. Au milieu de cette corsitude de carte postale, on a la jeune fille, perdue dans ce monde testostéroné, qui tente de comprendre ce qui se passe, quelle est sa place et la nature de sa relation avec son père. C’est là, la seule originalité de ce drame. Toute cette amitié entre truands, à aucun moment, ne peut me faire oublier que ce sont des trafiquants, des tueurs pour lesquels je ne parviens pas à ressentir la moindre empathie. C’es hommes-là n’aiment personne qu’eux-mêmes et leur fichu code de l’honneur – on est en droit de s’interroger sur terme 6. Ils détestent les autres clans, les flics, les non corses. Bref, ils se voudraient seuls au monde, maîtres de leur « royaume ». Les décors choisis sont superbes. On ne rate pas une crique sauvage, une cascade perdue, un promontoire au dessus de la mer… bref, il fallait justifier le label Ile de beauté. C’est fait. Pour le reste, transmettre en héritage à son enfant ce goût de la violence et en faire une future tueuse ??? Je m’interroge !
Ne cherchez pas, les noms de Ghjuvanna Benedetti, Saveriu Santucci, Anthony Morganti, Andréa Cossu… ne vous diront rien. Et pour cause, ce ne sont pas des professionnels. Et pourtant, Saveriu Santucci ne manque pas de charisme et de force dans le rôle du père. Par contre la jeune Ghjuvanna Benedetti roule très bien des yeux mais débitent sans y croire ses répliques comme on n’ose plus le faire depuis des décennies dans les spectacles de fin d’année de patronage ou d’école élémentaire. Quant aux autres… ils font la gueule ! Je suis éberlué par l’accueil dithyrambique que reçoit ce film. Humaniser un assassin sans jamais esquisser la moindre condamnation de ce monde de malfrats reste au-delà du supportable pour moi. En fin de compte, ce film ne parvient qu’à constater les effets désastreux de ces vendettas imbéciles… Peut-être est-ce à porter à son crédit.