Je voulais vraiment aimer ce film plus que je ne l’ai aimé, parce que tout, sur le papier, promettait une œuvre fiévreuse, dangereuse, presque nécessaire : le retour de Lynne Ramsay, l’adaptation du roman d’Ariana Harwicz, Jennifer Lawrence et Robert Pattinson enfermés dans une histoire de couple, de maternité, de désir et d’effondrement mental, après une présentation en compétition à Cannes et une sortie française le 29 avril 2026. Et pendant un bon moment, Die My Love donne effectivement l’impression d’être un film qui va mordre, qui va lacérer quelque chose de rarement filmé avec autant de frontalité : cette zone où l’amour conjugal, le corps maternel, la solitude domestique et la maladie psychique cessent d’être des thèmes séparés pour devenir un même brouillard toxique. Grace et Jackson s’installent dans une maison isolée, un enfant arrive, l’espace se referme, le quotidien se dérègle, et Ramsay filme ce foyer non comme un décor mais comme une cage organique, pleine de bruits, d’angles morts, de murs qui semblent déjà avoir absorbé trop de cris. Le synopsis officiel de MUBI résume bien ce point de départ : Grace tente d’écrire, Jackson est souvent absent, la pression domestique pèse sur elle, et quelque chose commence à se désagréger.
Le grand mérite du film, et peut-être sa vraie raison d’exister, c’est Jennifer Lawrence. Elle ne “joue” pas seulement Grace : elle la traverse comme une brûlure. Il y a chez elle une manière de passer d’un rire presque enfantin à une dureté animale, d’une sensualité ouverte à une hostilité opaque, qui donne au film ses seules vraies secousses humaines. On sent une actrice qui accepte de se rendre antipathique, imprévisible, excessive, pas simplement pour chercher la performance choc, mais parce que le personnage n’a plus accès à une version présentable de lui-même. Plusieurs critiques ont souligné cette domination absolue de Lawrence sur le film, au point que Rotten Tomatoes résume le consensus autour d’une œuvre stylistiquement peut-être trop maniérée mais offrant à l’actrice l’un de ses rôles les plus vifs. C’est exactement ce que j’ai ressenti : quand elle est seule à l’image, quelque chose arrive ; quand elle se tait, le film respire enfin ; quand son regard flotte entre désir, colère, honte et sidération, Die My Love atteint fugitivement ce qu’il cherche pendant presque deux heures.
Le problème, c’est que Lynne Ramsay semble avoir tellement peur de ne pas être assez intense qu’elle finit par étouffer sa propre matière. Tout est chargé, souligné, amplifié : les sons, les animaux, les flammes, les brusques ruptures musicales, les visions, les sautes de rythme, les signes de décomposition du couple, les images de nature comme miroir de la psyché. À petites doses, cette méthode peut être foudroyante ; ici, elle devient souvent une mécanique de saturation. Critikat parle très justement d’un cinéma qui confond parfois intensité et tintamarre, avec une accumulation de ruptures sonores, de distorsions et d’hystérisation des situations. Je ne dirais pas que le film est vide, ce serait injuste, mais je trouve qu’il est trop sûr de la puissance de ses effets. Il ne nous laisse presque jamais découvrir l’angoisse de Grace : il nous l’assène. Il ne nous laisse pas toujours habiter son désarroi : il nous enferme dans une démonstration sensorielle.
C’est d’autant plus frustrant que le sujet appelait une précision presque chirurgicale. Le post-partum, le désir qui se dérègle, l’isolement rural, la difficulté d’être mère sans cesser d’être femme, amante, autrice, corps désirant, corps fatigué : tout cela est là, mais souvent réduit à une série d’explosions. Le film ne manque pas de courage, il manque de respiration. Il veut montrer une conscience qui se fissure, mais il avance par blocs de crise, par motifs récurrents, par états paroxystiques, comme si la complexité de Grace devait toujours passer par le spectaculaire. C’est là que Die My Love m’a perdu : non pas parce qu’il est inconfortable, mais parce que son inconfort devient prévisible. Au bout d’un moment, on comprend le programme esthétique, on voit venir la prochaine déflagration sonore, le prochain symbole brûlant, le prochain geste d’épuisement. Et quand un film sur la perte de contrôle devient aussi lisible dans sa manière de perdre le contrôle, quelque chose se fige.
Robert Pattinson, lui, est intéressant mais prisonnier d’un rôle plus ingrat. Jackson est écrit comme une présence fuyante, molle, dépassée, parfois tendre, parfois lâche, mais rarement assez creusée pour devenir autre chose que le mur contre lequel Grace se cogne. Pattinson a cette capacité précieuse à paraître à la fois beau, absent, coupable et désemparé, et il donne au personnage une forme de faiblesse crédible. Mais le film ne lui offre pas toujours la densité nécessaire pour que le couple existe à égalité. On comprend le déséquilibre voulu, évidemment, mais ce déséquilibre finit par appauvrir le drame : Grace brûle, Jackson regarde le feu, et le film semble parfois se satisfaire de cette opposition. Sissy Spacek, en revanche, apporte immédiatement une autre température. Sa présence déplace le film vers quelque chose de plus mélancolique, presque plus humain. À chaque apparition, on entrevoit une version plus subtile de Die My Love, moins obsédée par la performance de la crise et plus attentive aux dégâts silencieux du temps, du deuil, du couple, des maisons où les générations s’abîment les unes après les autres.
Visuellement, il y a pourtant de très belles choses. Ramsay sait cadrer un intérieur comme une menace, faire d’une pièce banale un lieu mental, transformer un champ ou une forêt en prolongement nerveux du personnage. Le travail de Seamus McGarvey sur l’image, relevé dans plusieurs fiches techniques et critiques, donne au film une texture sensuelle, sale, moite, parfois magnifique. Mais là encore, cette beauté est souvent trop consciente d’elle-même. Certaines images semblent moins surgir d’une nécessité émotionnelle que d’un désir de fabriquer immédiatement de l’iconique. Le film est plein de plans qui voudraient rester gravés, mais moins de scènes qui s’installent durablement dans le cœur. C’est un cinéma d’éclats plus que de progression, de sensations plus que de construction. On peut admirer la maîtrise, mais l’admiration reste froide.
Ce qui sauve Die My Love de la vraie déception, c’est qu’il n’est jamais anonyme. Même quand il agace, même quand il force, même quand il répète, il porte la signature d’une cinéaste qui croit encore que la mise en scène doit avoir une violence propre. À une époque où tant de films se contentent d’illustrer proprement leur sujet, Ramsay tente au moins de le faire déborder. Elle prend le risque de l’excès, du malaise, du ridicule même. Et il faut reconnaître que certaines séquences, surtout lorsqu’elles reposent moins sur le vacarme que sur la présence nue de Lawrence, possèdent une vraie puissance. Le film peut être boursouflé, mais il n’est pas paresseux ; il peut être maladroit, mais il n’est pas indifférent ; il peut échouer à toucher profondément, mais il cherche un cinéma physique, fiévreux, frontal, qui ne se contente pas de “parler de” la souffrance.
Reste qu’en sortant, j’avais davantage l’impression d’avoir assisté à un grand numéro d’actrice enfermé dans un dispositif trop appuyé qu’à une œuvre réellement bouleversante sur la maternité, le couple et la folie. Die My Love impressionne par moments, fatigue souvent, fascine brièvement, irrite régulièrement. Il y a là une actrice immense, quelques visions fortes, une vraie ambition formelle, mais aussi un scénario qui tourne en boucle, une symbolique insistante, des personnages secondaires trop périphériques et une tendance à prendre l’épuisement du spectateur pour une preuve de profondeur. C’est un film que je ne regrette pas d’avoir vu, parce qu’il contient assez de cinéma, de risque et de chair pour mériter la discussion. Mais c’est aussi un film que je ne peux pas défendre entièrement, parce qu’il transforme trop souvent une douleur intime en démonstration auteuriste, et parce qu’à force de hurler son vertige, il oublie parfois de nous laisser l’entendre vraiment.
Spoilers:
Je comprends très bien pourquoi Die My Love peut provoquer des réactions passionnées : sur le papier, c’est presque le film idéal pour qui aime le cinéma sensoriel, nerveux, malade de lui-même. Lynne Ramsay revient avec un drame psychologique adapté d’Ariana Harwicz, coécrit avec Enda Walsh et Alice Birch, porté par Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, LaKeith Stanfield, Sissy Spacek et Nick Nolte, présenté en compétition à Cannes, puis sorti en France le 29 avril 2026. Le Festival de Cannes résumait le film par quatre mots simples, presque programmatiques : “Love / Madness / Madness / Love”. C’est exactement son horizon, et aussi son piège : Die My Love veut tellement faire entrer l’amour et la folie dans le même brasier qu’il finit par réduire presque tout à une seule température, celle de l’incandescence forcée.
Le début est pourtant fort. Grace et Jackson arrivent dans cette vieille maison de campagne avec l’idée encore naïve qu’un lieu peut recommencer une vie. Elle veut écrire, ils vont avoir un enfant, la maison doit devenir un refuge, peut-être même un roman avant le roman. Mais tout, dès les premiers plans, semble déjà contaminé : les murs ne protègent pas, ils observent ; la forêt ne respire pas, elle attend ; le couple ne s’installe pas, il s’enferme. Le synopsis officiel de MUBI pose cette trajectoire très clairement : Grace emménage avec Jackson, tente de poursuivre son rêve d’écriture, accueille un bébé, puis commence à se désagréger sous le poids de l’absence de Jackson et de la vie domestique. C’est une excellente base de cinéma, parce que Ramsay sait filmer les espaces comme des états mentaux. Une cuisine devient une cellule. Une vitre devient une peau. Une chambre devient une scène de guerre intime. On sent immédiatement la cinéaste de We Need to Talk About Kevin et A Beautiful Day, cette manière de transformer une maison en corps malade, de faire du montage une pulsation, du son une agression, du hors-champ une menace.
Mais c’est aussi là que le film révèle son problème central : il installe trop vite son régime d’intensité maximale. Dès que Grace commence à s’éloigner de la norme attendue — épouse disponible, mère stable, femme désirable mais raisonnable, artiste contenue — Die My Love appuie sur tous les boutons à la fois. Le sexe est animal, la maternité est suffocante, le silence est impossible, les chiens aboient, les chansons reviennent comme des obsessions, les objets deviennent hostiles, les gestes se dérèglent, les corps s’abîment. Ramsay ne filme pas une lente fissure : elle filme une maison déjà en flammes, même quand elle ne brûle pas encore. Ce choix donne au film une puissance immédiate, mais lui retire une part de progression. Au bout d’un moment, l’expérience devient moins une plongée dans la psyché de Grace qu’un catalogue de symptômes esthétiques : saturation sonore, images fiévreuses, montage heurté, visions de nature, accès de violence, errance, désir, répulsion, retour au même vertige.
Jennifer Lawrence, elle, est incontestablement la grande raison de tenir jusqu’au bout. Sa performance est physique, impudique, risquée, parfois magnifique. Elle a ce mélange rare de star hollywoodienne et de créature à vif : elle peut être drôle dans un battement de cil, inquiétante dans la seconde suivante, puis bouleversante sans chercher à être aimée. Grace n’est jamais rendue confortable. Elle peut être cruelle, absente, obscène, épuisée, presque monstrueuse, puis redevenir soudain terriblement humaine dans une expression de honte ou de solitude. Ce n’est pas une interprétation “propre” de la souffrance ; c’est un corps qui gratte les murs, qui cherche de l’air, qui refuse le rôle qu’on veut lui faire jouer. Même quand le film devient démonstratif, Lawrence reste instinctive. Elle comprend que Grace n’est pas seulement une mère en crise : c’est une femme qui ne supporte plus la fiction sociale dans laquelle elle s’est retrouvée enfermée.
Et pourtant, aussi impressionnante soit-elle, cette performance finit parfois par être utilisée comme un argument de force plutôt que comme une porte vers une vraie complexité. Die My Love semble croire que plus Grace est excessive, plus elle devient vraie. Or ce n’est pas toujours le cas. Certaines scènes touchent juste parce qu’elles laissent voir le vide derrière l’agitation : un regard perdu, une fatigue qui tombe d’un coup, un corps qui ne sait plus quoi faire de lui-même. D’autres donnent l’impression d’un film qui exhibe sa radicalité comme une preuve de profondeur. Quand Grace se jette contre une vitre, quand elle détruit, quand elle provoque, quand elle se sexualise dans une sorte de rage contre l’assignation maternelle, il y a parfois quelque chose de trop calculé dans le chaos. La crise paraît chorégraphiée. La folie devient une esthétique. Et le film, au lieu de nous rapprocher de l’incompréhensible, semble nous dire sans cesse : regardez comme c’est intense.
Robert Pattinson, de son côté, joue très bien l’homme qui ne sait pas aimer au bon endroit. Jackson n’est pas présenté comme un monstre, et c’est l’une des bonnes idées du film. Il est absent, maladroit, dépassé, parfois lâche, parfois tendre, mais pas assez lucide pour comprendre que son foyer s’effondre pendant qu’il continue à croire qu’il suffit de revenir, de réparer une pièce, d’organiser quelque chose, de parler normalement. La découverte des préservatifs dans sa voiture, élément important du soupçon de Grace, agit moins comme un simple ressort d’infidélité que comme un symbole de ce qui manque déjà entre eux : la confiance, la transparence, l’accord profond sur ce qu’ils sont devenus. Le film ajoute aussi la présence de Karl, joué par LaKeith Stanfield, comme tentation, échappée, miroir d’un désir qui cherche à survivre hors de la maison. Mais là encore, le matériau reste curieusement sous-développé. Jackson, Karl, même parfois Pam, existent surtout comme des satellites autour de la combustion de Grace. Le résultat est frustrant : le couple devrait être le cœur du film, mais il devient souvent un décor pour la performance de l’effondrement.
Sissy Spacek apporte pourtant quelque chose que le film aurait gagné à écouter davantage : une douleur plus lente, plus vieille, plus silencieuse. Pam, avec son propre deuil, ses propres absences, sa manière d’apparaître comme quelqu’un qui reconnaît chez Grace une bête qu’on ne peut plus tenir attachée, ouvre une autre voie. Dans les scènes où elle est là, Die My Love cesse un peu de marteler son sujet et laisse passer une transmission plus trouble entre femmes, entre générations, entre blessures non guéries. On voit alors ce que le film aurait pu être s’il avait davantage accepté les zones grises : non pas seulement l’histoire d’une femme qui explose, mais celle d’un monde familial incapable de prendre soin autrement qu’en surveillant, décorant, médicalisant, ou en attendant que ça passe.
La partie la plus révélatrice, c’est le retour de Grace après son internement. Le film organise ce “homecoming” comme une tentative grotesque de normalisation : Jackson a retapé la maison, une fête est prévue, Grace prépare elle-même un gâteau avec une inscription de bienvenue, comme si elle pouvait réintégrer sa propre vie par un geste domestique parfaitement lisible. C’est probablement l’une des idées les plus fortes du scénario : Grace revient dans un lieu qui a été amélioré en son absence, donc dans un lieu qui la remplace. La maison est plus présentable, mais elle lui appartient moins. Elle est censée être accueillie, mais tout lui confirme qu’elle est devenue l’élément perturbateur de son propre foyer. Là, le film touche quelque chose de cruel et de juste : la guérison sociale qu’on propose à Grace ressemble à une expulsion polie.
La fin, avec Grace qui met le feu à son manuscrit, puis à la forêt, est à la fois puissante et symptomatique des limites du film. Sur le plan symbolique, tout est clair, presque trop clair : elle brûle son œuvre invisible, son rôle, son foyer mental, le roman d’elle-même qu’elle n’a jamais pu écrire autrement qu’en destruction. Jackson tente de la rejoindre, puis finit par la laisser partir, dans un geste qui peut se lire comme de l’amour, de l’impuissance ou un soulagement terrible. Ramsay a expliqué que cette fin devait avoir une dimension métaphorique, que Grace brûle son monde, et que le bébé ainsi que les invités sont assez loin pour ne pas être en danger ; le film laisse alors supposer que Grace meurt dans ce feu, ou du moins qu’elle disparaît dans une image de libération impossible. C’est beau en théorie. À l’écran, c’est plus discutable. L’image frappe, évidemment. Une femme nue ou presque, la nature incendiée, le mari qui renonce, l’amour qui devient abandon : on comprend l’ambition tragique. Mais cette conclusion paraît aussi trop consciente de sa propre force iconique. Elle veut être inoubliable, donc elle insiste sur son statut de grande image finale. Elle veut être ambiguë, mais son symbolisme est massif. Elle veut libérer Grace, mais elle l’enferme une dernière fois dans une figure presque mythologique de femme folle consumée par le feu.
C’est ce qui m’a le plus gêné : Die My Love parle d’un sujet encore trop rarement filmé avec cette frontalité — l’aliénation du post-partum, la solitude d’une mère, la destruction du désir dans le couple, l’impossibilité de faire coïncider l’identité intime et le rôle familial — mais il le fait souvent avec des outils déjà attendus du cinéma d’auteur de crise. La femme qui rampe, qui hurle, qui casse, qui se salit, qui s’offre, qui se retire, qui brûle : tout cela produit des moments forts, mais pas toujours une pensée forte. Le film est courageux dans ce qu’il ose montrer, moins dans ce qu’il ose comprendre. Il préfère l’état limite à l’analyse, l’incendie au détail, la transe à l’observation. Or la souffrance de Grace aurait peut-être été plus dérangeante encore si Ramsay avait moins cherché à la rendre spectaculaire.
La réception assez partagée du film me paraît donc logique. Rotten Tomatoes résume bien ce paradoxe : un portrait frénétique d’une expérience souvent ignorée, peut-être trop maniéré stylistiquement pour toucher pleinement, mais offrant à Jennifer Lawrence l’un de ses rôles les plus vifs ; Metacritic indique aussi un accueil critique globalement favorable mais loin de l’unanimité, avec des retours publics plus mitigés. C’est exactement le type de film qu’on peut admirer sans vraiment l’aimer, défendre sans le sauver, trouver nécessaire dans son sujet et insuffisant dans son incarnation. Il a de la chair, de la rage, du cinéma, mais aussi une lourdeur de dispositif qui empêche l’émotion de circuler librement.
Je ne suis pas sorti indifférent, et ce n’est pas rien. Certaines images restent. Jennifer Lawrence reste. Le malaise de cette maison reste. La chanson qui revient, les regards de Grace, le gâteau de retour, la forêt finale, le visage de Jackson qui comprend trop tard ou renonce trop tôt : tout cela existe. Mais le film m’a moins bouleversé qu’épuisé, moins hanté qu’assommé. J’aurais voulu sentir une blessure qui s’ouvre ; j’ai trop souvent vu une mise en scène qui me montrait comment elle l’ouvrait. J’aurais voulu que Grace soit un mystère douloureux ; elle devient par moments une somme de gestes extrêmes. J’aurais voulu que le couple se décompose devant moi ; j’ai surtout vu un film déjà convaincu de sa décomposition. Die My Love est une œuvre habitée, ambitieuse, traversée par une grande actrice, mais aussi répétitive, appuyée, parfois prisonnière de son propre prestige sensoriel. Il y a là un vrai brasier, oui, mais trop souvent le film confond la fumée avec la profondeur, le vacarme avec la vérité, et la destruction avec le bouleversement.