Quentin Dupieux continue d’explorer son univers absurde et décalé avec Daaaaaalí !, une œuvre qui jongle entre l’hommage surréaliste et la farce un brin répétitive. L’idée de faire incarner Salvador Dalí par plusieurs acteurs est aussi intrigante qu’audacieuse, mais si le concept amuse dans un premier temps, il peine à tenir la durée. Il y a du génie dans ce film, c’est indéniable, mais il y a aussi quelque chose qui cloche, une mécanique qui tourne à vide, un effet d’accumulation qui finit par lasser.
Le cinéma de Dupieux est un exercice de style permanent, une mise à l’épreuve des codes narratifs classiques. Ici, il pousse encore plus loin cette logique en nous immergeant dans une boucle temporelle où Dalí, insaisissable et fantasque, devient une entité démultipliée. Édouard Baer, Jonathan Cohen, Gilles Lellouche, Pio Marmaï et Didier Flamand incarnent chacun leur version du peintre, dans une alternance aussi brillante qu’inégale.
Si cette approche permet quelques moments de grâce, notamment grâce au talent des acteurs qui s’en donnent à cœur joie, elle donne aussi au film un côté expérimental qui, à force de répétitions, perd de son impact. L’absence de progression dramatique rend l’ensemble parfois un peu vain. On admire la proposition, on salue l’audace, mais on reste à la surface d’un film qui semble hésiter entre la satire et le pur exercice de style.
Dupieux maîtrise l’absurde mieux que personne, mais ici, l’humour est plus inégal que dans ses précédents films. Certaines scènes sont hilarantes, d’autres traînent en longueur ou donnent l’impression de redites. Le running gag du Dalí insaisissable est amusant, mais à force d’être répété, il perd en intensité. On rit parfois de bon cœur, mais il arrive aussi qu’on regarde l’écran en se demandant si le film ne se moque pas un peu de nous.
Anaïs Demoustier, qui incarne la journaliste face à ce kaléidoscope de Dalí, joue avec sérieux et talent, mais son personnage reste en retrait, simple spectatrice d’un chaos contrôlé qui ne lui laisse que peu d’espace. Jonathan Cohen et Gilles Lellouche, eux, s’en sortent bien, apportant une énergie comique appréciable. Mais au bout d’un moment, le jeu du film devient prévisible, et l’absurde se fige dans une forme de routine.
Visuellement, le film est une réussite. Dupieux, qui assure lui-même la photographie, compose des plans soignés, jouant sur la lumière et les textures pour renforcer l’étrangeté de son récit. La bande-son de Thomas Bangalter, minimaliste et envoûtante, accompagne parfaitement cette ambiance onirique. Tout est techniquement bien exécuté, et pourtant, il manque quelque chose.
Le problème principal du film est qu’il semble tourner autour de son propre concept sans jamais vraiment l’approfondir. Là où Le Daim ou Mandibules parvenaient à allier absurdité et empathie pour leurs personnages, Daaaaaalí ! reste plus froid, plus mécanique. On apprécie la proposition, mais on peine à s’y attacher réellement.
En fin de compte, Daaaaaalí ! est une expérience de cinéma qui ne laissera personne indifférent. Certains y verront un hommage brillant au surréalisme, un film audacieux qui bouscule les attentes. D’autres y verront un exercice de style trop conscient de lui-même, une idée géniale qui s’essouffle faute d’un vrai fil narratif.
Le film n’est jamais mauvais, loin de là. Il regorge de trouvailles visuelles et d’instants magiques, mais il souffre aussi d’une certaine complaisance dans son concept. On passe un moment agréable, parfois captivant, parfois frustrant, toujours intriguant. Un film qui amuse, qui agace, qui impressionne et qui laisse un arrière-goût d’inachevé.