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Les couloirs sont propres. Trop propres. C’est toujours mauvais signe. À Shadyside High, les casiers brillent, les couronnes attendent, les corps tombent. Fear Street: Prom Queen avance comme un manège déjà vu, repeint pour Halloween, mais où la peur a laissé place à l’habitude. Les cris ne percent plus le silence, ils l’accompagnent. Une nouvelle reine, un vieux tueur — et une promesse de sang qui s’effiloche dès la première rature.
On comprend vite que le film n’a pas peur de marcher dans les traces du précédent triptyque Fear Street, mais le terrain est trop balisé. Un tueur au ciré jaune, des candidates qui tombent comme des mouches (bien maquillées), et ce lycée en vase clos, prison sans barreaux, où les soupçons s’échangent comme des textos. La caméra tourne, les néons clignotent, les basses grondent — mais rien ne mord vraiment. Même la mort semble hésitante, presque distraite.
India Fowler, dans le rôle de la survivante désignée, fait ce qu’elle peut avec ce qu’on lui donne : une peur propre, une angoisse sans aspérité. C’est beau, parfois, ce lissage — mais c’est précisément ça qui tue le genre. Le film ne veut froisser personne. Il oublie que l’horreur, la vraie, ne s’excuse pas, ne se maquille pas. On traverse les scènes comme des décors de parc d’attraction : joliment sales, faussement dangereux.
Matt Palmer cherche l’équilibre entre hommage et modernité — il ne trouve que le pastiche. Un slasher qui craint le sang, qui prend le thriller scolaire pour du cinéma, et la nostalgie pour une béquille. Même Katherine Waterston, en mère ambiguë, semble prisonnière d’un rôle sans élan, et Chris Klein flotte comme un souvenir de série annulée. Le twist familial, cousu d’avance, éclate mollement sous des confettis mouillés. Et la fête retombe.
La bande-son surjoue l’effroi, les coupes sont propres, les meurtres téléguidés. C’est presque ironique : un film sur le bal de promo, sans danse, sans vertige, sans vrai moment de bascule. Le monstre surgit comme un devoir de vacances. Et l’ennui, lentement, gagne la salle. Ce n’est plus Fear Street. C’est juste une rue trop bien éclairée.