Éric Besnard fait partie de ces réalisateurs populaires qui ont le goût des choses simples. J’avais beaucoup aimé « Délicieux » déjà avec Grégory Gadebois…En l’occurrence, son « Louise Violet » met en scène l’univers bourru et pauvre des paysans de la fin du XIXe siècle, face à ce qui ressemble à l’hégémonisme de la République, censée donner les mêmes droits à tous les citoyens. Les révoltes de 1871 sont passées par là, créant leur lot d’idéalistes qui prêchaient pour la fin de la propriété et une égalité totale entre les citoyens. En 1889, la République vient de rendre l’école obligatoire. Payant un passé que l’on devine trouble, Louise Violet (Alexandra Lamy) est envoyée dans un petit village de Haute Loire, au fin fond de la campagne française pour y devenir l’institutrice d’enfants à convaincre de rallier les bancs de la classe plutôt que les champs. Elle va se heurter à la réticence des paysans locaux, pour qui leur progéniture doit avant tout aider aux tâches du quotidien plutôt qu’aller apprendre « des choses inutiles » qu’eux-mêmes n’ont jamais apprises et qui ne leur manquent pas...et ce même si Joseph, le maire du village( Gregory Gadebois, excellent) tombé en fait sous le charme de Louise, se montre plutôt favorable à son arrivée…Éric Bernard raconte une histoire simple, populaire, portée par l’attachante Alexandra Lamy (formidable au passage). Avec beaucoup de conviction et d’envie, la comédienne y incarne avec brio cette femme à la mélancolie intrigante, qui tente de convaincre enfants et parents que l’école de la République pourrait tout changer pour les générations futures… A travers le destin et le combat de sa Louise Violet (qui sur certains aspects rappelle Louise Michel), Éric Besnard parle de l’importance du savoir, de l’instruction, du système éducatif, de la chance que l’on a de pouvoir choisir sa vie plutôt que de subir une destinée pré-écrite comme ce fut le cas pendant des siècles. Son film rend bien compte de toute la complexité générée par la décision de rendre l’école obligatoire pour les familles françaises du XIXème siècle et tire de cette bascule, quelques enseignements encore pertinents aujourd’hui… Comment expliquer à des familles de paysans sans le sou qu’on va leur retirer des bras utiles dans les champs pour les asseoir dans une salle de classe afin de les rendre plus intelligents qu’eux ? Comment leur expliquer qu’ils vont apprendre à écrire et à lire, des choses qui n’ont aucune importance quand votre destin est de devenir travailleur des champs comme vos parents ? C’est un film très classique certains diront scolaire, qui rappelle dans son esthétisme le « Semeur » de Marine Francen, les couleurs sont superbes, les échappées sur Saint André de Chalancon magnifiques… loin d’être un simple divertissement bucolique, le film s’efforce d’inviter un peu de consistance au travers de l’évocation d’une époque complexe de l’histoire de France (la Commune de Paris) et les débuts de la troisième république…