Dès les premières images, le film de Louise Hémont nous fait remonter le temps sur un chemin obscur, dans un espace intime et séculaire, c’est comme entrer dans un grenier, s’y installer, ouvrir la malle et découvrir des trésors secrets. Les mots couchés dans un carnet d’une belle écriture calligraphiée d’institutrice sont comme des pierres qui nous guident sur un chemin sombre, sensuel et mystérieux. A la lueur des torches, avec le muletier, l’institutrice arrive dans ce hameau au creux d’une vallée enneigée et froide pour enseigner le français, l’écriture, la science. Au bout du chemin, dans sa maison-école, seul le foyer éclaire faiblement sa chambre unique, les flammes crépitent et donnent leur lueur douce et chaude. A côté dans l’étable le doux regard noir d’une vache l’accueille dans son univers.
Rencontrer les visages des paysans et des vieux, les enfants dans la lumière blanche de la neige contraste avec l’espace intime et sombre des chaumières. Les mamans sont absentes, elles travaillent comme domestiques dans la vallée, les vieilles femmes, gardiennes des traditions rejettent les lumières apportées par l’institutrice, les principes cartésiens, l’hygiène et les certitudes du siècle finissant mais quand Amy tombe malade, elles la soignent avec douceur. Les veillées dans la maison des paysans autour d’un feu crépitant, les contes et légendes, les mystères nous enveloppent peu à peu comme Aiméé au milieu des hommes fascinés par sa beauté. La musique lancinante de la vielle, la langue, les chants, les danses, la jeunesse nous font tourbillonner avec nos ancêtres dans cette fête pour passer le siècle ; 1900, cent ans avant l’an 2000, les enfants découvrent le temps, la mort aussi. Elle rôde, elle divague autour de la maison. Amy vient bouger l’ordre ancestral, elle s’y insinue sans y pénétrer, se laisse séduire par ces légendes, ces croyances, le mystère, jusqu’où la modernité pourra atteindre les traditions séculaires, l’antagonisme ira-il jusqu’à la destruction ?
Les enfants portent l’espoir, de la couleur dans ce film tout en nuances de noir et blanc aux teintes chaudes et voluptueuses du feu.