Ayant lu récemment le plancher de Joachim, j'y allais pour voir comment était traité une communauté rurale isolée à la fin du XIXe siècle. Je n'ai pas été déçu, au contraire. Est-ce la formation documentaire de Louise ? Je trouve qu'elle traite excellement cette irruption de l'Institution scolaire, incarnée par une personne, étrangère, qui risque de déséquilibrer la communauté. L'introduction d'abord, avec une photo et une musique qui donne le ton : plus que Morricone, j'y vois Mark Korven, la BO de The witch. Premier regard sur la communauté, on se dit : "aïe, ça sent Délivrance, des prédateurs sexuels dégénérés". Et puis, on rentre progressivement dans cet univers qui se méfie de toute intrusion, et qui met l'intruse dans un sas (l"étable, voir Romain Bertrand). Et on se rend compte que ce sont des gens bizarres, mais respectueux, que les vieilles femmes, celles qui sont restées, sont celles qui dirigent, que la fascination pour le lointain, colonial à l'occasion, ou américain, rappelle l'émigration, la terre promesse d'une vie meilleure. On y voit la gestion de "l'anormal" psychologique au sein des communautés avant l'introduction de la psychiatrie moderne, le désagréable sentiment de ne pas maîtriser cet univers, avec la barrière de la langue, du patois - non traduit - qui fait que l'Ecole ne maîtrise pas tout. Il y a du Juge et de l'assassin de Tavernier dans l'étude des campagnes de la IIIe République, avec plus de gravité. Et le fantastique qui surplombe, comme le Prélude de Pan de Giono, dans ces fêtes dans lesquelles on se demande quand l'intrigue va basculer. Et puis le décor, immense, menaçant : "La Montagne nous le rendra au printemps", qui préside aux contes et au magique. Bien sûr il y a la fiction, et cette fin, mais il y a tout le travail derrière, de réalisme fantastique, qui offre un résultat que je trouve très réussi, d'un tableau d'un monde, d'une sociabilité, d'une rencontre aujourd'hui disparu. On n'est pas en Ingouchie, on est dans les Hautes Alpes à la fin du XIXe siècle.